Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/161

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autour des collines ; une cloche d’église tinta mélodieusement. Ils savouraient, silencieux, la paix du jour naissant. Jeanne, entre les deux amis, accrochée à leurs bras, souriait comme l’aurore. Le soleil qui émergeait éclata dans les feuilles mouillées. Ils traversèrent d’étroites prairies : des génisses se levaient dans l’herbe.

Ils descendirent au fleuve, et la jeune femme y voulut baigner ses jambes nues ; assise sur un rocher, elle relevait sa robe jusqu’au bord du genou, et agitait, en riant, ses pieds crispés, qui blêmissaient sous la transparence de l’eau. Elle se pliait en deux, pour voir les flots courir et se renfler autour de ses chevilles : elle aurait voulu se plonger là tout entière, rêvant des Nymphes jadis et des Ondines naguères. Son jupon secouait une dentelle blanche au bord de sa chair brune. D’Arsemar s’agenouilla près d’elle pour essuyer ses pieds qui ruisselaient sur la roche.

Ils gravirent un coteau, puis revinrent au parc.

Chez eux, à la lisière des jardins et du bois, ils s’arrêtèrent devant un pavillon couvert de vigne vierge et de glycines : la maisonnette était à demi pleine de foins en meules ; on la décorait pompeusement, en été, du titre de Hammam, et Merizette « y prenait ses douches ». Là, Jeanne se ressouvint du fleuve, des ondines, des naïades : un nouveau caprice la séduisit. Elle fit jouer les appareils, se consulta pendant quelques secondes, l’index entre les sourcils, et, d’autorité, congédia les deux hommes, disant qu’il fallait que sa