Page:Hippocrate - Œuvres complètes, traduction Littré, 1839 volume 1.djvu/136

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prétendant qu’il faudrait une année pour lire de tels ouvrages qui, ainsi, restent sans utilité[1]. Le blâme de Galien a pu être juste ; néanmoins il ne serait pas indifférent pour nous de posséder les anciens commentaires faits sur ce modèle.

Certains commentateurs, quand même ils le voudraient, ne pourraient trouver les bonnes explications, parce qu’ils n’ont aucune expérience des choses elles-mêmes ; ils se sont occupés de l’interprétation des mots, et ils sont devenus ce qu’on appelle médecins en paroles[2]. Ce qu’Hippocrate a très clairement dit, les commentateurs l’expliquent mal à cause de leur ignorance en médecine ; mais ils voient clair dans les propositions obscures, et prennent sur eux d’en changer arbitrairement le texte, bien qu’ils ne s’entendent pas sur l’explication[3]. Ils n’arrangent pas les interprétations d’après les textes, mais ils arrangent les textes d’après les interprétations qu’ils ont imaginées[4].

Veut-on avoir un exemple de la manière dont certains commentateurs expliquaient les écrits hippocratiques ? Il est dit dans le Sixième livre des épidémies : toux sèche, non férine, βὴξ ξηρὴ, μὴ θηριώδης. Qu’est-ce qu’une toux férine, se sont-ils demandé ? Les uns ont prétendu que c’était une toux produite par des vers placés à l’orifice de l’estomac (les Grecs appellent les vers θηρία) ; les autres ont soutenu qu’il s’agissait de la toux des phthisiques, dont les ongles se recourbent

comme ceux des animaux[5]. Il est certain que ce ne sont pas ces explications alambiquées et absurdes qui rendent regrettable la perte des anciens commentaires.

  1. Tome v, p. 693, Ed. Basil.
  2. Tome v, p. 695, Ed. Basil.
  3. Galien, t. v, p. 487, Ed. Basil.
  4. Galien, t. v, p. 511, Ed. Basil.
  5. Galien, t. v, p. 462, Ed. Basil.