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INDES ORIENTALES

auec vn cœur magnanime, d’entrer és grans païs de la Chine pour y faire le meſme, & à ces fins il reuint de Iapon aux Indes, en ſe proparãt pour faire ce voyage, que pluſieurs, meſmes ceux de Malaca ſe parforcerent d’empeſcher, mais il ne le peurent onques deſtourner de ſon opinion, quelques remonſtrances qu’ils luy ſceuſſent faire.

Il y a au païs de la Chine vne Iſle nommee Santian, loin enuiron quarantecinq lieuës de la terre ferme, là où les marchans Portugois ſe rendent ordinairement pour traffiquer & negotier auec les Chinois, car il eſt defendu à vn eſtranger ſur peine de la vie d’entrer dedans le païs & Royaume de la Chine. Là le bon Xauier s’achemina, pour traicter auſſi de ſon affaire, & s’appeſter pour ſon voyage, qu’il auoit reſolu, quelque danger & terreur qui ſe preſentaſt deuant luy puis qu’il y alloit de l’honneur de Dieu & du ſalut des ames. Il paſſa dõques ayant faict marché auec vn Chinois qu’il le ietteroit au port de Cantaor, moyennant trois cens eſcuz qu’il luy donnoit, que ce bon perſonnage auoit amaſſé d’aumoſne. Mais ſur ceſte entreprinſe, la fieure le ſaiſit, dont quelque peu de iours apres, en vne montaigne de l’Iſle meſme, toute deſerte, & ſans aucune conſolation humaine il rendit l’eſprit à ſon Createur, vſant bien ſou-