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ALEXANDRE (Princes anciens, MACÉDOINE)

ville. Cette proclamation insensée acheva d’irriter Alexandre, qui résolut d’en tirer une prompte vengeance. Quoique ses préparatifs fussent formidables, il n’y employa que trois jours. Les habitants firent une sortie, et furent battus. Bientôt après, leurs retranchements ayant été forcés, ils succombèrent aux attaques de leur ennemi, que seconda fort à propos la garnison macédonienne de la Cadmée, citadelle de Thèbes. La terre était jonchée de cadavres, on en faisait monter le nombre à six mille ; et rien cependant ne pouvait toucher le cœur des Grecs alliés d’Alexandre. Ce furent eux, surtout les Phocidiens, les Platéens, les Thespiens, les Orchoméniens, et quelques autres peuples de la Béotie, qui se montrèrent les plus acharnés. Ils arrachaient leurs victimes du pied des autels, et n’épargnaient ni les femmes ni les enfants. « Le carnage, dit Arrien, fut tel qu’on doit l’attendre d’hommes qui ont la même origine, et qu’anime une haine invétérée. Les Thébains se l’étaient attirée par la destruction de Platée, de Thespies, d’Orchomène, et par mille actes de tyrannie. À l’exception des prêtres et prêtresses, des proxènes ou hôtes de Philippe et d’Alexandre, des descendants du poète Pindare, de ceux qui s’étaient opposés à la révolte, tous les autres furent vendus comme esclaves, au nombre de trente mille. À la nouvelle l’un pareil désastre, Athènes fut consternée ; on y interrompit aussitôt la célébration des grands mystères. Ses plus célèbres orateurs, Démosthène, Eschine et Stratocle, déplorèrent dans leurs discours les malheurs de Thèbes. Les Athéniens, n’écoutant plus que la voix de l’humanité, ouvrirent leurs portes aux Thébains échappés du sac de leur patrie, et envoyèrent des députés à Alexandre pour apaiser sa colère, sous prétexte de le féliciter sur son heureux retour du pays des Illyriens et de celui des Triballes.

Rentré en Macédoine, Alexandre donna pendant neuf jours des jeux publics consacrés à Jupiter et aux Muses. Il alla ensuite consulter l’oracle de Delphes sur son expédition en Asie. C’est ici que l’on raconte que la Pythie ayant refusé de monter sur le trépied, Alexandre l’y força ; et cette prophétesse s’étant écriée, Tu es invincible, mon fils ! il dit qu’il n’avait pas besoin d’autre réponse, et se retira satisfait. Les moyens d’Alexandre n’étaient pas proportionnés à la grandeur de son entreprise : il ne put lever qu’une armée peu nombreuse. Diodore est l’historien qui nous a laissé le plus de détails sur ce sujet. Selon lui, elle était composée de douze mille Macédoniens, de sept mille alliés, de cinq mille mercenaires, tous gens de pied, aux ordres de Parménion ; de cinq mille Odryses, Triballes et Illyriens, de mille archers agrianiens, de quinze cents cavaliers macédoniens, sous le commandement de Philotas, fils de Parménion ; de quinze cents hommes de cavalerie thessalienne que Talas, fils d’Harpalus, commandait ; de six cents cavaliers grecs conduits par Érigyus ; enfin, de neuf cents avant-coureurs de Thrace et de Péonie, qui avaient pour chef Cassandre : en tout, trente mille hommes d’infanterie et quatre mille cinq cents de cavalerie. Les ressources d’Alexandre étaient plus faibles en argent qu’en hommes. Aristobule ne les faisait monter qu’à soixante-dix talents, et d’autres seulement à soixante (environ 360, 000 francs). Suivant Duris de Samos, l’armée macédonienne n’était pas approvisionnée de vivres pour plus d’un mois. Avant de passer en Asie, Alexandre distribua presque tous ses domaines aux personnes de sa maison qu’il affectionnait le plus. Perdicas lui ayant demandé ce qu’il se réservait, il répondit : L’espérance.

Ce fut au printemps de l’an 334 avant J.-C. qu’Alexandre entreprit son expédition, unique dans les annales de l’humanité, et également importante sous le triple rapport militaire, politique et scientifique.

En vingt jours il atteignit Sestos, sur la côte de la Thrace. Là il s’embarqua sur une flotte de cent soixante trirèmes et de plusieurs bâtiments de transport. Il voulut conduire son vaisseau, et faire lui-même les fonctions de pilote. Ayant traversé heureusement l’Hellespont, il se rendit avec toute son armée dans la plaine de Troie, et y fit des sacrifices à Minerve Iliade. Il consacra à la déesse ses propres armes, et prit, en échange, celles qu’on y gardait depuis le siège de Troie. Mais il ne s’en servit jamais : les jours de bataille, on les portait devant lui. Peuceste était chargé de tenir le bouclier sacré. Après avoir passé son armée en revue, il se mit en marche pour attaquer les Perses, campés sur les bords de la rivière du Granique. Memnon de Rhodes, commandant les Grecs à la solde de Darius, était d’avis de replier, et de ne point attendre les Macédoniens. Les généraux perses voulurent, au contraire, défendre le passage de cette rivière, rassurés par leur position et le nombre supérieur de leurs troupes. Celles-ci étaient, selon Arrien, de vingt mille hommes de cavalerie et d’autant d’infanterie, dont les mercenaires formaient la plus grande partie. Diodore de Sicile fait monter cette armée à cent mille fantassins et dix mille chevaux ; Justin, à six cent mille combattants : ce dernier nombre est contre toute vraisemblance.

Le lit du Granique était fort inégal ; l’armée macédonienne ne put le traverser que sur un petit front. Les Perses l’attendaient de l’autre côté, rangés en bataille sur un terrain élevé. Ptolémée commença l’action avec une partie de la cavalerie, et subit un échec. Mais Alexandre, qui le suivit de près, attaqua avec impétuosité à la tête de ses escadrons ; et, malgré les désavantages du terrain, il parvint à s’établir au-delà du fleuve. Parménion le passa avec la cavalerie thessalienne, qui formait la gauche ; l’infanterie


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