Page:Homère - Iliade, trad. Leconte de Lisle.djvu/14

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Et le roi Agamemnôn parla ainsi :

― Vieillard, tu as dit sagement et bien ; mais cet homme veut être au-dessus de tous, commander à tous et dominer sur tous. Je ne pense point que personne y consente. Si les Dieux qui vivent toujours l’ont fait brave, lui ont-ils permis d’insulter ?

Et le divin Akhilleus lui répondit :

― Certes, je mériterais d’être nommé lâche et vil si, à chacune de tes paroles, je te complaisais en toute chose. Commande aux autres, mais non à moi, car je ne pense point que je t’obéisse jamais plus désormais. Je te dirai ceci ; garde-le dans ton esprit : Je ne combattrai point contre aucun autre à cause de cette vierge, puisque vous m’enlevez ce que vous m’avez donné ; mais tu n’emporteras rien contre mon gré de toutes les autres choses qui sont dans ma nef noire et rapide. Tente-le, fais-toi ce danger, et que ceux-ci le voient, et aussitôt ton sang noir ruissellera autour de ma lance.

S’étant ainsi outragés de paroles, ils se levèrent et rompirent l’agora auprès des nefs des Akhaiens. Et le Pèléide se retira, avec le Ménoitiade et ses compagnons, vers ses tentes. Et l’Atréide lança à la mer une nef rapide, l’arma de vingt avirons, y mit une hécatombe pour le Dieu et y conduisit lui-même Khrysèis aux belles joues. Et le chef fut le subtil Odysseus.

Et comme ils naviguaient sur les routes marines, l’Atréide ordonna aux peuples de se purifier. Et ils se purifiaient tous, et ils jetaient leurs souillures dans la mer, et ils sacrifiaient à Apollôn des hécatombes choisies de taureaux et de chèvres, le long du rivage de la mer inféconde. Et l’odeur en montait vers l’Ouranos, dans un tourbillon de fumée.

Et pendant qu’ils faisaient ainsi, Agamemnôn n’oubliait ni sa colère, ni la menace faite à Akhilleus. Et il interpella