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LABRADOR ET ANTICOSTI

sortes de choses ! Et quel beau climat, et combien favorable à la santé !

Je suis donc arrivé à l’île d’Anticosti avec les idées les plus favorables, et autant que j’en puis juger par la Baie-des-Anglais, on a eu raison de m’en parler avantageusement. Ce pays ne ressemble en rien au sol désolé de la Côte Nord. Nous y trouvons au contraire une bonne terre arable, recouverte d’une végétation pareille à celle des meilleures parties de la Province. Des champs d’avoine de belle venue, des jardins remplis de légumes, nous rappellent les campagnes de « par chez nous ». Je vois partout de grandes Berces en fleurs, et de jolies Campanules violettes élèvent leurs jolies clochettes au milieu des herbes voisines. Mais ce qui m’émerveille davantage, ce sont de splendides Orchidées dont il y a de beaux bouquets dans plusieurs maisons. Y aurait-il ici de ces amateurs pour qui la culture de certaines fleurs devient une insatiable passion ? L’amour des Tulipes fit commettre jadis des extravagances à des gens très sérieux ; et, de nos jours, il y a des individus qui céderaient leur droit d’aînesse pour une espèce d’Orchis qui manque encore à leur collection. Eh bien, y a-t-il des orchidophiles (car on a pris la peine de faire le mot) parmi les Anticostiens ? Point du tout ! Ces brillantes fleurs de Cypripède, aux couleurs les plus riches, croissent à l’état sauvage, à peu de distance du village ; et il n’y a en l’affaire d’autre « orchidophilisme » que d’aller les cueillir pour en décorer l’intérieur du sweet home.

Mil, trèfle, choux, navets, carottes, panais, tout cela vient très bien en ce pays ; les pommes de terre aussi, mais on me dit qu’elles sont « mouilleuses ». L’avoine ne mûrit pas toujours, et le plus souvent on la fauche lorsqu’elle est encore verte, pour en faire du fourrage.

Si l’on a besoin de fourrage ici, c’est qu’il y a des chevaux, car on ne voit pas de bêtes à cornes à la Baie-des-Anglais. Et l’on n’en voit pas, parce qu’on n’a jamais pu réussir à les y acclimater. À diverses reprises, on a tenté l’expérience, mais