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LABRADOR ET ANTICOSTI

poêle « à deux ponts » dont la présence en cet endroit ne laissait pas de m’intriguer beaucoup ; car, me disais-je, il n’y a, sur l’immense surface du globe terrestre, qu’un point précis où ce poêle peut nuire aux évolutions chorégraphiques qui se préparent, et c’est en ce point-là même qu’il se trouve. Comme vont les choses !

Cependant nous voilà installés sur quelques chaises que l’on a pu se procurer. Selon le désir qu’en avait exprimé Monseigneur, on lui présente les divers couples qui viennent d’échanger leurs serments. La cérémonie ne se fit pas cependant sans quelque difficulté, et il fallut que tout le monde s’en mêlât un peu, pour trouver au milieu de la foule tel ou tel conjoint qui manquait à l’appel. Tous enfin se retrouvèrent et vinrent recevoir la bénédiction de l’évêque.

Le premier article du programme indique une danse à laquelle prendront part exclusivement les nouveaux mariés. Pendant que « l’orchestre » prépare sa musique, on dégage un peu le centre de la chambre, et tous s’entassent dans les coins de la pièce ; il se fait de la sorte un vide qui a bien six pieds carrés, et c’est là que l’on dansera ! Mais, c’est là aussi qu’est toujours le « grand poêle à deux ponts ! » Voilà les « gens priés » en place, l’un devant l’autre, en cercle autour du poêle ; il y a alternativement un danseur et une danseuse. En avant donc, l’orchestre ! L’orchestre, c’est un vieux sauvage qui frappe en cadence sur un large tambourin, en poussant à chaque coup des hou ! hou ! qui lui viennent du fond des poumons, et toujours sur la même note. C’est une musique qui n’est guère enlevante. Toutefois elle met en mouvement les danseurs qui s’avancent d’un pas saccadé, et s’inclinent légèrement, d’un côté, puis de l’autre, en appuyant fortement le pied sur le sol. Cet exercice, que l’on prolonge assez, doit être bien fatigant, surtout pour les hommes ; car les danseuses y mettent beaucoup moins d’énergie.

Quand nous eûmes assisté à trois ou quatre de ces danses, toutes semblables, à ce qu’il nous paraissait, l’intérêt que nous prenions d’abord au spectacle se trouva sensiblement diminué, et