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LABRADOR ET ANTICOSTI

nous l’avons laissée bien fournie de tout le nécessaire. » En effet, le P. Arnaud avait eu à cœur de pourvoir la vieille chapelle de tout ce qu’il fallait pour les besoins du culte, et cela afin d’accommoder les prêtres qui, de temps en temps, s’arrêtaient à Tadoussac, en allant au Saguenay ou en en revenant.

Eh bien, comme on voit, la légende du « vol de Tadoussac » était arrivée jusqu’à Québec. Longtemps après, elle reçut asile dans les beaux livres des écrivains dont j’ai parlé, et la voilà en route pour la postérité. Je me suis efforcé de lui donner de mon mieux le croc-en-jambe qu’il fallait. L’avenir dira jusqu’à quel point je l’ai rendue boiteuse.

Le P. Arnaud, qui ne s’était pas épargné pour monter convenablement la vieille chapelle de Tadoussac, aurait bien voulu aussi établir une école au milieu de la pauvre population du lieu. C’est ainsi que notre clergé, régulier ou séculier, s’est montré de tout temps sincèrement dévoué non seulement à la formation morale, mais aussi à la culture intellectuelle du peuple confié à ses soins. Avant qu’il se passe beaucoup d’années, on finira pourtant par convaincre un bon nombre de braves gens que nos prêtres sont les pires ennemis de l’instruction populaire ! Quoi qu’il en soit, notre zélé missionnaire se rendit à Montréal auprès du surintendant de l’Instruction publique, le Dr Meilleur, qui lui fit un excellent accueil et comprit aisément que les habitants de Tadoussac étaient trop pauvres pour faire à eux seuls les

    que nous y avons mis. J’oublie une chose que j’y ai trouvée : quatre ou cinq vieux bonnets en forme de pain de sucre, que les rats achevaient de dévorer. Je les ai fait disparaître dans le poêle. — Avant notre arrivée, un curé, M. Laz. Marceau, est resté quelques années dans un presbytère que M. Price avait fait bâtir entre l’Anse-à-l’Eau et Tadoussac. Y a-t-il trouvé quelque chose ? Je n’en sais rien, mais j’en doute beaucoup. — Avant de donner crédit à de pareilles accusations, on aurait dû réfléchir que ces vases précieux, etc., dérobés par nous à Tadoussac, ont dû venir des Jésuites, et que le dernier Jésuite, le P. Labrosse, est mort plus de cinquante ans avant l’arrivée des Oblats en Canada. Depuis sa mort, l’évêché de Québec envoyait un prêtre, tantôt l’un, tantôt l’autre, pour visiter les sauvages. Ces prêtres se rendaient à Tadoussac, où la Compagnie de la baie d’Hudson leur fournissait un grand canot, quatre rameurs et des provisions pour leur voyage. Ont-ils trouvé dans la chapelle les choses précieuses en question ? Je l’ignore. » Cet extrait d’une lettre du P. Babel, joint aux renseignements que l’on voit dans le texte et que je tiens du P. Arnaud lui-même, donne le coup de grâce à la légende.