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NATASHQUAN

Quelques-uns seulement de ces colons ont acquis un peu de fortune ; mais, cela est sûr, tous préfèrent leur condition présente à l’existence qu’ils menaient au Labrador.

Cet essai de colonisation a donc réussi. Et tous ceux qui ont pris quelque part à l’émigration de 1886, doivent s’applaudir d’avoir dirigé ces Acadiens dans la forêt, au lieu de les avoir conduits dans des centres industriels, comme il fut fait pour les émigrants de l’Anticosti, dont j’ai parlé ailleurs. L’ancien pêcheur souffre longtemps de la nostalgie de la mer ; il finit pourtant par s’attacher au sol qu’il a fécondé de ses sueurs. Enfermez-le dans une manufacture : aimera-t-il ces machines dont il est l’esclave ? N’étouffera-t-il pas dans cette atmosphère à peine respirable ? Ah ! qui lui rendra sa barque que berçaient les flots mouvants ? Qui lui rendra les grands horizons de là-bas ? Qui lui rendra surtout la belle liberté d’autrefois ! — C’en est fini du nouvel ouvrier, quand une fois l’amertume de tels regrets l’a touché au cœur. S’il le peut faire, il retournera au Labrador ; s’il n’en a pas le moyen, il changera de métier toutes les semaines et traînera de fabrique en fabrique le poids de ses souvenirs.



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