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NATASHQUAN

voie la plus rapide, puisque nous quittâmes, à Betsiamis, le vieux paquebot, de si prudente allure. De Betsiamis, nous partîmes à bord du yacht du P. Arnaud : jamais assurément le yacht du P. Arnaud n’avait voiture compagnie si variée. En effet, d’après le journal du bord, on y voyait réunis : un évêque, trois Oblats, dont deux étaient canadiens-français et l’autre irlandais, un prêtre séculier, un Parisien, un Huron. Le vent ayant fait défaut, il fallut prendre terre aux Escoumins, puis se rendre à Tadoussac en voiture, par le chemin le plus impossible qu’il y ait au monde, du moins pour certaine partie que je ne recommanderai jamais aux amateurs de la bicyclette. À Tadoussac, nous tombons au beau milieu d’un bazar, où des filets savamment tendus retiennent tout poisson, gros ou petit, qui se présente. Au bazar, ce soir-là, il y avait un concert organisé par des artistes de grand mérite : quelle aubaine pour des oreilles qui depuis trois mois n’avaient guère entendu que les grands bruits de la nature : gémissements ou sifflements de la brise, clapotis des houles sur le flanc des vaisseaux, fracas des vagues furieuses qui se brisent sur les récifs, murmures du flot qui vient expirer sur le sable des rivages… Après cette délicieuse soirée, nous nous embarquons sur le somptueux Carolina. Et celui-ci, le 1er d’août, me rend à mes « chères études », dans ce Chicoutimi si pittoresque, qui, sans faire semblant de rien, se prépare à son rôle de future capitale de la future province de Saguenay, dans le futur État franco-canadien…



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