Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
45
BETSIAMIS

était justiciable, se régala de l’huître, comme le plus gourmet des magistrats, et donna les écailles aux délégués de la tribu de Betsiamis, qui s’en revinrent à la bourgade, enchantés de toutes les belles choses qu’ils avaient vues dans un si long voyage, mais condamnés pourtant à se soumettre au chef qu’ils avaient tenté de détrôner. Du reste, la paix ne fut pas autrement troublée par l’incident, et, après comme avant, la tranquillité de l’ordre fut complète à Betsiamis.

Mais il ne faut pas croire que ces principicules n’ont pas, à l’occasion, l’exact sentiment de leur dignité. On raconte à ce sujet le trait que voici. Un jour, à Mingan, le gouverneur général, Sir Edmund Head, arrive, accompagnant un prince d’Angleterre, qui devait bien être le prince de Galles lui-même. Dès le débarquement du prince, le chef de la tribu du lieu s’en vient à sa rencontre. Le chapeau sur la tête, et lui frappant sur l’épaule, il dit à Son Altesse : « Toi chef ? — Oui ! — Moi chef aussi. » Puis, en lui montrant sa grande médaille d’argent : « Tiens ! vois ta mère ! » On dit que le prince fut très surpris de l’incident et le trouva tout à fait charmant. Il est sûr que, pour un personnage de la cour royale, l’aventure avait de l’originalité.


Huard - Labrador et Anticosti, 1897 (page 21 crop).jpg