Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome I.djvu/115

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XIX

4 octobre 1849.

Je viens d’entendre M. Viennet dire : — Je pense en bronze.




XX

19 mars 1850.

On juge le concours de prose.

Voici comment :

M. de Barante lit une brochure, M. Mérimée écrit, MM. Salvandy et Vitet causent à voix haute, MM. Guizot et Pasquier causent à voix basse, M. de Ségur tient un journal, MM. Mignet, Lebrun et Sainte-Aulaire rient de je ne sais quels lazzis de M. Viennet, M. Scribe fait des dessins à la plume sur un couteau de bois, M. Flourens arrive et ôte son paletot, MM. Patin, de Vigny, Pongerville et Empis regardent le plafond ou le tapis, M. Sainte-Beuve s’exclame de temps en temps, M. Villemain lit le manuscrit, en se plaignant du soleil qui entre par la fenêtre d’en face, M. de Noailles est absorbé dans une manière d’almanach qu’il tient entr’ouvert. M. Tissot dort. Moi j’écris ceci. Les autres académiciens sont absents.

Le sujet du concours est l’éloge de Mme de Staël.




XXI

26 mars.

J’étais arrivé de bonne heure, à midi. Je me chauffais, car il fait très froid, la terre est couverte de neige, ce qui déplaît aux abricotiers. M. Guizot, adossé à la cheminée, me disait : — Comme membre de la commission du prix dramatique j’ai lu dans ma seule journée d’hier six pièces de théâtre nouvelles. — C’est, lui ai-je répondu, pour vous punir de n’en avoir pas vu jouer une seule pendant dix-huit ans. — En ce moment M. Thiers s’est approché et le bonjour s’est échangé entre les deux hommes. Le voici :

M. Thiers. — Bonjour, Guizot.

M. Guizot. — Bonjour, Monsieur.