Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/102

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II
JUSTICE DE PAIX !

Mercredi 4 août, à 6 heures du soir,
HÔTEL DE VILLE
Don Street.
ASSEMBLÉE
DES CONSTITUANTS DE SAINT-HÉLIER.

Électeurs indépendants, prononcez-vous pour une justice de paix, ou taisez-vous à jamais.




VI


Jersey, 1853.

Cette nuit (nuit du 1er au 2 avril), vers dix heures trois quarts, je me couchais. Comme je montais dans mon lit, j’ai senti un mouvement violent et singulier. Je me suis dit d’abord : — Quelle est cette énorme voiture qui passe ? — Mais le mouvement se prolongeant, j’ai compris que c’était autre chose. C’était tout simplement un tremblement de terre.

Pendant que j’observais, j’entendais au premier, au-dessous de moi, la voix de Catherine (ma cuisinière) qui disait : — Mademoiselle, est-ce vous qui avez sonné ? — Et la voix de ma fille qui répondait : Non. — Puis la voix de Catherine reprenait à la porte d’à côté : — Est-ce Madame qui a sonné ? — Et ma femme répondait : — Ce n’est pas moi. — Là-dessus Catherine monta jusqu’à ma porte, me fit la même question, eut la même réponse, et redescendit l’escalier en grommelant : Qu’est-ce que cela veut dire ? toutes les sonnettes qui ont sonné à la fois !

L’oscillation a duré de huit à dix secondes, elle allait pour moi de gauche à droite, c’est-à-dire du nord au sud. La mer faisait un bruit effrayant. Ce bruit, qui avait quelque chose du rugissement des bêtes vivantes, ne ressemblait en rien à la rumeur ordinaire des marées et même des tempêtes. Puis la terre s’est apaisée, la mer s’est tue, et je me suis endormi.