Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/212

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que les autres curés, mais parce qu’il s’ennuyait bien, et que cela lui faisait, à elle, de la peine.

Ce fut le mercredi 24 qu’on vint chercher les otages à Mazas pour les mener à la Roquette. Le président Bonjean disait en causant avec l’archevêque : — Du côte de Versailles on commet des atrocités. Cela est dangereux pour nous. — Avant de partir, ils semblaient inquiets. L’archevêque fit distribuer aux prisonniers le vin qu’il laissait dans sa cellule et que lui avait apporté sa sœur, Mme de Beauregard. Il demanda à Garreau : — Où nous mène-t-on ? — Je l’ignore, dit Garreau. Il le savait. Sa femme aussi. Elle avait les yeux pleins de larmes, quoique haïssant les prêtres, dit-elle. Mais on ne devait pas les tuer. — Garreau, consterné, alla se coucher et dit à sa femme : — Ne me parle pas. C’est affreux de tuer ces gens-là. — Les otages partirent dans de grands omnibus du chemin de fer, sans autre garde que deux gardes nationaux dans chaque voiture. La foule assemblée devant Mazas cria en les voyant : — À bas la prêtraille ! Les voitures partirent au galop. À la Roquette, ils furent mis en cellule, et ils vivaient encore le lendemain jeudi à cinq heures. Mais des furieux criaient : — Les Versaillais fusillent les nôtres, est-ce qu’on ne va pas fusiller ceux-là ? Ceci détermina le meurtre. Quand on les fusilla, les troupes n’étaient qu’à un demi-quart de lieue de la Roquette.

Entre autres faits, voici comment une femme a été fusillée. Elle avait été blessée d’un éclat d’obus au fort d’Issy où elle combattait avec Mme Eudes, André Léo et Rochebrune. On l’avait portée à une ambulance du xive arrondissement. Les troupes de Versailles, victorieuses, sont entrées dans cette ambulance. Les soldats ont arraché de son lit la blessée. On l’a traînée au camp voisin. Elle était en chemise. Elle a écarté sa chemise et montré ses seins au peloton qui la couchait en joue en disant : — Délivrez-moi. — Les soldats tremblaient. Ils l’ont mal ajustée. Elle n’est morte qu’à la seizième balle.

Marie Garreau n’a pas vu ces faits, mais ils lui ont été racontés par un témoin oculaire. Elle a vu de ses yeux fusiller au faubourg Saint-Antoine la femme qui avait dans ses bras un enfant de six semaines.

Marie Garreau me dit : — Que j’ai vu de ruisseaux de sang !


19 juin. — Je reçois une lettre de Paul Meurice. Grande joie. Il est mis en liberté.

Je reçois de Liège (envoi de Victor) des affiches, des brochures, des journaux et des caricatures contre ceux qui m’ont assailli et expulsé. Réveil de l’opinion.

J’écris à Meurice qu’il vienne à Vianden.