Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/282

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ne le sait parisien, homme d’esprit. C’est là qu’est la révélation. Une vue d’ensemble sur le livre en dira plus que je ne saurais faire.


Après avoir cité plusieurs fragments de Choses vues, le critique conclut :


Il est permis à tout le monde de prendre des notes et de les rédiger, il n’était donné qu’à Victor Hugo de voir et de faire voir tant de choses en quelques minutes, par quelques mots. C’est pour moi ce qui ressort de ce volume fourmillant de faits et que je viens de lire d’un trait comme le roman le plus émouvant, le plus attachant. Il est vrai que ce volume n’est autre chose que de l’Histoire, histoire d’autant plus intéressante que c’est celle de nos mœurs, de notre pays.


Le Gil Blas.
Louis Ulbach.

Ce livre comptera parmi les plus intéressants, les plus étranges de toute l’œuvre de Victor Hugo. Ce n’est pas l’éloquence qui étonne plus que d’habitude. Ce n’est pas l’émotion héroïque ou sentimentale qui surprend davantage. C’est, puisqu’il faut employer une fois en bonne part le mot banal, c’est le naturalisme de ces impressions vives, de ces croquis faits devant l’acte, le paysage, le monument, l’homme, et jamais Victor Hugo n’eut plus de puissance, plus de verve artistique que dans ces notes d’albums, pour ainsi dire, qu’il entassait chaque jour, chaque soir, et dont la vérité splendide serait une démonstration du génie, s’il restait une preuve à faire.

Mais l’intérêt profond et psychologique c’est, je le répète, dans cette spontanéité, dans cette sincérité d’intention et d’effet.

Il n’y a plus de mise en scène calculée pour le lecteur. Victor Hugo gardait ces fragments pour les coudre à d’autres œuvres, peut-être les gardait-il tout à fait pour lui. C’est donc l’intimité de son esprit et de son cœur que nous avons là. Si l’on sent l’artiste merveilleux, c’est qu’il est impossible de dédoubler l’homme et que le naturel le plus imprévu est, sous sa plume, aussi rayonnant que l’effet le plus calculé.


L’Événement.
Georges Duval.

Choses vues, on le sait déjà, est un recueil d’impressions intimes. Il n’était peut-être pas destiné au public. Dans plusieurs phases importantes de sa vie, Victor Hugo a pris la plume, comme un peintre aurait pris son crayon ; n’ayant pas le temps de remplir une toile, il s’est contenté d’esquisser sur un album. Quelques traits par-ci par-là, le bonhomme est campé. Dix lignes donneront une idée de la perspective. Seulement il est arrivé pour Victor Hugo ce qui est arrivé pour tous les grands peintres. Si simplifiée qu’elle fût, son esquisse devait avoir l’importance d’une œuvre.

J’ai éprouvé à la lecture de Choses vues la même impression qu’en étudiant certains croquis de Delacroix. Cela paraît tout d’abord vague, quelquefois impénétrable. Et puis — c’est là une des magies du dessin — la forme se dessine de plus en plus nette. Bientôt, dans ce fouillis de lignes enchevêtrées les unes dans les autres, comme au hasard, semblables aux ronces des lisières, vous retrouverez non seulement les contours, mais tout le génie de la composition. Enfin, comme s’il s’était souvenu que c’est frapper l’art au cœur que de séparer le dessin de la couleur, par un phénomène échappant à l’analyse ce tracé noir s’estompe, se nuance, se colore, devient éclatant. Sur la turbulence des mouvements rugit la férocité de la brosse, les costumes ruissellent de lumière, la touche flamboie, le galbe se profile avec une élégance antique, certains portraits semblent avoir été taillés dans le marbre éthéré de l’apothéose.

Victor Hugo, c’est une banalité de le répéter, — mais les dévots ne prient-ils pas tous les jours ? — n’était pas seulement un grand peintre, mais encore un grand penseur. Miroir sensible où tous les événements de ce siècle sont venus se réfléchir, il les a analysés en les reproduisant. Quoi de plus intéressant que de connaître l’opinion d’un tel homme sur un fait si menu qu’il soit. Du reste, il n’y a pas plus de menus faits dans la vie, qu’il n’y a de petites manifestations dans la nature. Tout se tient, tout s’enchaîne. Le brin d’herbe a l’importance du cèdre. C’est vous dire l’intérêt qui existe à lire l’auteur écrivant indistinctement sur