Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/29

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ment la fabrication des allumettes chimiques, l’emploi de la térébenthine, les points de Paris les plus vulnérables à l’incendie, en un mot, la guerre par le feu. Le socialisme envahit les casernes, particulièrement celle des sapeurs-pompiers. Il y a des pompiers socialistes, c’est-à-dire des pompiers incendiaires. Ils disent : — Nous emplirons nos pompes, non pas d’eau, mais d’huile et d’essence. — Il y a tel bataillon de garde mobile qui est miné et prêt à tourner. Les insurgés libérés et arrivés de Brest sont entrés au faubourg Saint-Antoine avec des cris d’extermination. Aujourd’hui on a enterré le colonel Rey, ancien commandant de l’Hôtel de Ville, qui était un peu mêlé au 15 mai. Toutes les corporations d’ouvriers et les sociétés secrètes ont envoyé à son convoi des députations fixées à soixante hommes par société. J’ai reçu dans la journée le rapport de police qui me donnait tous ces détails. La manifestation a eu lieu. Il y avait sept mille hommes. Tout s’est passé avec calme. Cette nuit on va fermer le club de la rue Martel. La légion de garde nationale sera sur pied toute la nuit. Ce club a décrété le massacre des 466. Vous savez ? les 466, c’est vous tous qui avez voté le renvoi des hommes du 15 mai devant la haute cour. Voilà où en sont les clubs surveillés. Jugez où ils iraient s’ils étaient libres. Ne les mettons donc pas en liberté par l’ouverture des élections. Croyez-moi. »

J’ai répondu à Marrast :

— Vous exagérez. Mais si dissoudre l’Assemblée c’est faire éclater la guerre dans Paris, ne pas la dissoudre c’est faire éclater la guerre dans toute la France. Puisque nous sommes réduits au choix des maux, je prends le moindre.

Un moment après je disais au ministre de la guerre (général Rulhières) : L’opinion de Bugeaud est qu’il y aura une émeute d’ici a deux mois. — Avant, m’a dit le ministre.




VII

LOUIS-BONAPARTE ET BERRYER.


Janvier 1849.

Au bal d’Odilon Barrot, le 28 janvier, M. Thiers aborda M. Léon Faucher et lui dit : — Faites donc un tel préfet.

Au nom prononcé, M. Léon Faucher fit la grimace, ce qui lui est facile, et dit : — Monsieur Thiers, il y a des objections. — Tiens ! répondit Thiers, c’est justement ce que le président de la République m’a répondu le jour où je lui ai dit : Faites donc M. Faucher ministre !