Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/36

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jourd’hui M. Ledru-Rollin dit ces mêmes choses contre M. Odilon Barrot ; avant peu (nous verrons cela) M. Blanqui les dira contre M. Ledru-Rollin.

(Écrit pendant la séance de l’Assemblée.)




XV


19 mars 1849.

M. Molé et M. Thiers dînaient aujourd’hui chez Louis Bonaparte. M. Molé portait la plaque de grand’croix et M. Thiers la plaque de grand-officier. M. Molé portait au centre de la plaque la figure de Henri IV, et M. Thiers le profil de Bonaparte. M. Molé a reçu la Légion d’honneur de Napoléon et M. Thiers l’a reçue de Louis-Philippe.




XVI


24 mars 1849.

Depuis plusieurs nuits on fait veiller dans les mairies huit tambours par légion. La nuit passée l’Hôtel de Ville a été barricadé, on y a mis huit cents hommes de garnison avec deux pièces attelées dans la cour ; le préfet, M. Berger, s’est couché tout botté. Les régiments sont restés sur pied dans leurs quartiers jusqu’au jour. On les a exercés aux manœuvres de la défense des casernes. Des patrouilles de cinq cents hommes ont parcouru Paris dans tous les sens avec ordre de faire feu sur quiconque construirait des barricades. Le Peuple se répand à quarante-cinq mille numéros par jour que Proudhon lui-même appelle quarante-cinq mille allumettes. La Montagne menace d’un appel aux armes. On annonce une manifestation pour lundi, dit-on. D’un autre côté la guerre a recommencé en Piémont ; toute l’Europe va prendre feu. Pendant ce temps-là les fonds montent, les affaires reprennent, et le bourgeois dit : Eh bien ! cela va, on est tranquille !

La France ressemble à ces postillons épuisés de fatigue qui s’endorment sur le dos d’un cheval lancé au galop dans les ténèbres.