Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/20

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pieuse fondation. Depuis cette époque, j’ai fait, vous le savez, en toute circonstance, tout ce qui a été en mon pouvoir pour répondre à l’honorable confiance du conseil d’administration, et si je ne me suis pas toujours occupé de Petit-Bourg autant que je l’aurais voulu, c’est que d’impérieux devoirs publics réclamaient d’un autre côté tout mon temps et tout mon dévouement.

Aujourd’hui j’apprends, à n’en pouvoir douter, que la présence d’un membre de l’opposition à la tête de votre conseil semblerait inspirer aux hommes de l’administration et du gouvernement quelque froideur pour la colonie de Petit-Bourg. Or Petit-Bourg, pour l’œuvre si onéreuse et si charitable qu’il a entreprise, a besoin de l’aide du gouvernement. Cette aide retirée ou simplement diminuée, l’existence de la colonie est compromise. Ceci, monsieur, me dicte une résolution qui sera comprise et approuvée par toutes les consciences honnêtes.

Permettez-moi de laisser de coté toute considération personnelle et de ne me préoccuper que des cent cinquante pauvres enfants auxquels nous voulons assurer le double avenir de chrétien et de citoyen ; j’ai voulu servir Petit-Bourg en entrant parmi vous, je veux le servir encore en me retirant.

J’ai l’honneur de vous envoyer, et je vous prie de faire agréer à mes honorables collègues du conseil d’administration, ma démission des fonctions de président.

Moi disparu, tout motif de refroidissement des hommes du pouvoir pour la colonie disparaît, et les secours dont vous avez besoin ne seront désormais, j’espère, ni refusés, ni ajournés.

Pour prévenir toute objection et pour le cas où le conseil aurait la bonté d’hésiter en présence de ma démission, permettez-moi d’ajouter que cette détermination, puisée dans ce que la conscience a de plus rigoureux et de plus élevé, est irrévocable. Tous, à ma place, vous feriez ce que je fais.

Ces pauvres et chers enfants, je veux, je le répète, les servir et non leur nuire. Qu’il ne soit pas dit que quoi que ce soit de nos tristes discordes publiques ait jamais pu rejaillir jusqu’à eux ! D’ailleurs, je ne leur dis pas adieu, et si je cesse d’être votre président, je reste votre souscripteur. Ceci, je pense, ne portera pas ombrage au gouvernement.

Recevez, monsieur, et veuillez transmettre à MM. les membres du conseil, avec mes vifs remercîments pour tant de témoignages de cordialité qui ont marqué nos relations, l’assurance de mes sentiments les plus sincèrement dévoués.

V. H.[1]
  1. Brouillon. Archives de la famille de Victor Hugo.