Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/269

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1857.


À Paul de Saint-Victor[1].


Hauteville-House, 4 janvier 1837.
Monsieur,

Trouvez bon que je vous remercie. Vous venez de parler de Notre Dame de Paris en admirables termes[2]. Quoique je vive (si je vis) presque hors de tout, si désintéressé de toute chose et de moi-même que je sois à cette heure, il m’est impossible de ne pas sentir profondément ce que valent quelques pages de vous sur un livre de moi. Je suis un de vos lecteurs assidus, c’est-à-dire un esprit attentif à votre esprit. Tous ces bas-reliefs que vous ciselez, toutes ces fresques que vous peignez chaque semaine passent sous mes yeux, et d’un ciseau et d’un pinceau comme le vôtre, pas un détail ne m’échappe.

Vous prononcez mon nom quelquefois ; je suis depuis longtemps votre débiteur ; aussi est-ce avec empressement que je saisis aujourd’hui cette occasion, non d’acquitter ma dette, mais de la constater. D’ailleurs, à un point de vue plus élevé que ce qui m’est personnel, je me considère comme le débiteur et l’obligé de tous les hommes qui sont, comme vous, des verbes de vie et des flambeaux de progrès.

Je vous serre la main, monsieur.

Victor Hugo[3].


À Paul Meurice.


Hauteville-House, 4 janvier.

Il y a urgence en effet, et je vous réponds courrier par courrier. Avez-vous le temps de voir cinq minutes mon excellent ami Paillard de Ville-

  1. Paul de Saint-Victor fit partie, en même temps que Charles Hugo, en 1848, du cabinet de Lamartine ; puis il collabora au Pays, à La Presse. Il laissa une importante œuvre de critique et plusieurs volumes de haute valeur littéraire. Quoique d’une opinion politique fort éloignée de celle de Victor Hugo, il lui conserva toute sa vie une admiration qu’il manifesta en toute occasion. Les heures sombres de 1870 les rapprochèrent encore et leurs relations devinrent si amicales que Victor Hugo écrit dans son carnet en apprenant la mort de Saint- Victor : « Coup violent. J’ai pleuré. C’était une noble et grande âme. Il était de ma famille dans le monde des esprits ».
  2. À propos d’un ballet représenté à l’Opéra et intitulé : Esmeralda, Paul de Saint-Victor, dans un article publié dans La Presse du 28 décembre 1856, avait fait un éloquent rappel de Notre-Dame de Paris.
  3. Collection Paul de Saint-Victor.