Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/277

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fenêtre qui s’ouvre brusquement sur la France, et par où il nous vient de l’air et du soleil. Nous l’avons logé de notre mieux dans la masure encore tout en démolition ; mais il reviendra dans six semaines et la chose sera un peu plus bâtie. Vous vous rencontrerez peut-être avec lui. Quelle joie !

Voici quatre lettres (Mme Flandin à Lyon, Alphonse Karr, L. Gozlan, M. Jean Durand) que je vous serai obligé de faire parvenir. Mme Flandin par la poste, vu Lyon. — Quant à la cinquième, dont l’adresse est en blanc, voici l’histoire : il y a eu dans La Voix des écoles du samedi 28 mars une ode sur Lamartine et moi (intitulée Les deux poëtes) fort belle vraiment. J’ai écrit à l’auteur, mais le journal m’a été pris, et je ne sais plus le nom du poëte. C’est un nom qui m’a paru italien. Seriez-vous assez bon pour vous procurer le numéro, voir le nom, et l’écrire sur la lettre dont l’adresse est en blanc. — Que de peines je vous donne, mais aussi que de plaisir vous me ferez, je vous attends dans deux mois !

Mettez-moi aux pieds de votre charmante femme. Je vous embrasse et je vous aime de toutes mes forces.

V.

Aurez-vous la bonté de cacheter les lettres en noir. A. Karr n’est-il pas à Gênes ? Pensez-vous lui faire arriver la lettre ?[1]


À Alphonse Karr[2].


Hauteville-House, 5 avril 1857.
Mon cher Alphonse Karr,

Je viens de lire votre livre charmant et profond : Promenades hors de mon jardin. J’en suis ravi et attendri. Vous y parlez de moi comme je parle de vous. Vous racontez vos souvenirs avec cette grâce sérieuse et puissante qui est à vous. Vous posez votre ongle unguem leonis sur les vipères qui rampent en sifflant dans les pierres de mon écroulement. Je vous remercie et je vous aime. Continuez de penser un peu à moi. C’est une grande douceur de savoir, à travers l’espace, qu’on est ami, qu’on s’entend, qu’on se comprend. Un abîme de distance, un mur d’événements ; c’est encore nous. Je suis

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Inédite.