Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


À Brofferio.


Paris, 7 août 1851.
Cher et éloquent confrère,

J’ai bien tardé à vous répondre ; mais vous savez quelles tempêtes nous avons traversées. La république, la démocratie, la liberté, le progrès, tous les principes et toutes les réalités du dix-neuvième siècle ont été remis en question, le mois passé. Il a fallu, huit jours durant, défendre cette grande brèche et repousser l’assaut furieux du passé se ruant sur le présent et sur l’avenir.

Dieu aidant, nous avons vaincu. Les vieux partis ont reculé, et la révolution a fait en avant tous les pas qu’ils ont faits en arrière. Vous savez déjà toutes ces bonnes nouvelles, mais c’est une joie pour moi de vous les redire, à vous, Brofferio, qui portez si haut et si fièrement le drapeau du peuple et de la liberté dans le Parlement du Piémont.

Cher collègue, — car nous sommes collègues : outre le mandat de nos patries, nous avons le mandat de l’humanité, — cher et éloquent collègue, je vous remercie pour le courage que vous me donnez, je vous félicite pour les progrès que vous accomplissez, et je serre vos deux mains dans les miennes.


À Madame Victor Hugo,
chez Madame Vve Vacquerie
Villequier, près Caudebec (Seine-Inférieure)
[1].


13 7bre [1851].

Chère amie, un mot à la hâte. On juge l’Événement après-demain. Ils ont voulu brusquer la chose, se croyant sûrs du jury. C’est une guerre à outrance. Toute ma crainte, c’est que l’Événement ne soit suspendu. Ce serait peut-être sa mort. Que ferait-on ?

J’avais songé à défendre Victor[2]. Tout bien considéré, il est sage d’y renoncer. J’irriterais le jury et la Cour qui me haïssent si profondément, et

  1. Inédite.
  2. Victor Hugo avait défendu, le 10 juin, son fils Charles qui s’était vu condamner, pour un article contre la peine de mort, à six mois de prison. Son frère, poursuivi pour un article contre le déni du droit d’asile (9 septembre 1851) fut condamné à neuf mois de prison et 2 000 francs d’amende.