Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/406

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les journaux étant habituellement décachetés et en lecture quand je descends pour déjeuner. Je les croyais souvent envoyés directement, et il m’est arrivé de remercier en conséquence. Aujourd’hui je rends à Auguste ce qui revient à Auguste. Merci pour ce détail comme pour le Tout, pour l’immense Tout dont vous vous êtes, Meurice et vous, vous et Meurice, si admirablement chargés en mon lieu et place. — Vous avez cent fois raison pour les avocats. J’ai une tendance à toujours voir dans l’avocat le magistrat en herbe et possible. De là cette pointe qui vous choque justement. Voilà le malheur de ne point vous avoir ici. Votre conseil quotidien, toujours présent, m’eût signalé ces petites choses, et elles eussent été ou effacées, ou atténuées. Mon Waterloo était écrit avant que le travail de Quinet (que je n’ai pas encore lu) fût publié. Je ne veux que du bien à Quinet, quoique sa préface de Spartacus soit, à mots couverts, dirigée contre le drame et contre nous[1]. L’article de Lefort est excellent. Il cite Le Temps parmi les adversaires. Est-ce que Le Temps a été hostile ? Y a-t-il un autre Temps que celui de Nefftzer ? M. Hector Malot, de L’Opinion nationale, a fait, dès le 10 ou 12 avril, un premier article. On m’a dit qu’il en a fait d’autres. Est-ce vrai ? Le savez-vous ?

4 h. Je reçois à l’instant une lettre de Bruxelles, et j’y coupe un passage sur la prochaine publication des 4 volumes derniers et sur la marche à suivre. Cela me paraît juste. Votre avis ? Cher Auguste, je ne sais pas si je vous ai assez dit combien je suis ému de tout ce que vous faites depuis cinq mois, sans relâche, sans trêve, sans fatigue extérieure, pour ce livre. Quand je pense à votre fatigue désintéressée comparée à mes labeurs d’auteur, je m’accable et je vous admire. Votre amitié est grande comme votre esprit. Esprit, souffle, spiritus, quel mot ! Vous le résumez et vous le concentrez tout en vous. Pas une de ses grandeurs et de ses magnificences ne vous manque. Vous êtes une des grandes forces vives de ce temps, force à la fois morale et intellectuelle. Vous créez ! — À vous !


Encore un mot. Vous êtes-vous douté que six lignes de Parenthèse à l’adresse des puissants négateurs étaient pour vous ? Vous ne croyez pas Dieu, mais étant grand esprit, vous le prouvez. Dieu aussi s’appelle Esprit. C’est même là son nom essentiel.

Je griffonne tout ceci à la hâte ; ma femme et Chenay sont arrivés hier par le plus beau ciel du monde. Nous parlons, sans désemparer, de vous, de Charles, de Meurice, de Paris, de tout notre cœur que vous avez [2].

  1. Dans cette préface, Quinet en effet malmène le drame moderne « malgré tout le génie qui y est dépensé ».
  2. Bibliothèque Nationale.