Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/46

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typographes, on a porté un toast aux trois hommes qui personnifient la résistance au despotisme, à Mazzini, à Kossuth[1], à Victor Hugo.

Mon Charlot, mon Victor, mon Adèle, je vous embrasse sur vos six joues.

Écrivez-moi.

Le Constitutionnel ayant parlé, les journaux belges rectifieront. Je tâcherai de te les faire passer[2].


À Madame Victor Hugo.


Bruxelles, 31 décembre [1851].

Chère amie, M. Bourson qui te remettra cette lettre est le rédacteur en chef du Moniteur de Belgique. Reçois-le de ton mieux. C’est un homme fort distingué, d’un esprit rare et d’un noble cœur. Il est dans toutes nos idées, et sa femme, qui est spirituelle et charmante, te ressemble encore par l’enthousiasme et la foi à l’avenir et au progrès.

Je t’envoie un article du Messager des Chambres d’ici sur le fait qui t’avait alarmée. Cela achèvera de te rassurer. Je n’ai, malgré ce petit incident, qu’à me louer de l’accueil qu’on me fait ici.

L’année finit aujourd’hui sur une grande épreuve pour nous tous, nos deux fils en prison, moi en exil. Cela est dur, mais bon. Un peu de gelée améliore la moisson. Quant à moi, je remercie Dieu.

Demain, jour de l’an, je ne serai pas là pour vous embrasser tous, mes chers bien-aimés. Mais je penserai à vous. Tout ce que j’ai dans le cœur s’en ira vers vous. Je serai à Paris, je serai à la Conciergerie. Parlez de moi à ce dîner de famille et de prison que je regrette tant ; il me semble que j’entendrai.

Je te remercie du journal que tu me fais. Il me sera en effet, je crois, très utile, car tu vois un côté que je ne vois pas. Remercie Béranger et fais faire mes compliments à Berryer[3]. Je serai charmé de lire la conversation de Béranger[4].

Ici les renseignements m’affluent. Je suis presque aussi entouré qu’à Paris.

  1. Kossuth, patriote hongrois, poursuivait le même but que Mazzini en Italie : l’indépendance et l’union des peuples. En 1847, il devint le chef du parti populaire. Après l’échec de la révolution en Hongrie, il alla en Turquie, puis en Angleterre, en Amérique. En Italie, il essaya d’organiser une fédération des peuples des Balkans. Il mourut à Turin. — Il existe une correspondance entre Kossuth et Victor Hugo, mais elle n’est pas communiquée par le gouvernement hongrois.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. Berryer, célèbre avocat, grand orateur légitimiste, fut élu en 1848 à l’Assemblée nationale ; après le coup d’État, ayant voté la déchéance de Louis Bonaparte, il fut arrêté et emprisonné. Libéré, il rentra dans la vie politique en 1863 comme député des Bouches-du-Rhône.
  4. Béranger était allé voir Mme Victor Hugo (Lettre de Mme Victor Hugo, 23 décembre 1851).