Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/49

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l’on demandait M. Victor Hugo, c’était moi. Ainsi, je vis là sous mes deux espèces.

Quand Charles arrivera, il me trouvera dans cette halle immense, avec trois fenêtres qui ont vue sur cette magnifique place de l’Hôtel de Ville. J’ai loué (pour presque rien) les meubles indispensables, un lit, une table, etc., — et un bon poêle. Je travaille là à l’aise, et je m’y trouve bien. Si je rencontre un vieux tapis pour 15 francs, je serai parfaitement heureux. En attendant, chère amie, prends dans ma chambre ma vieille causeuse que tu as fait recouvrir de rayé rouge et blanc, fais-la emballer le plus succinctement du monde, foin et toile d’emballage (pas de caisse, c’est inutile), mets mon adresse dessus, Lanvin, 16, Grande Place, Bruxelles, et fais porter la chose aux messageries Van Gend, 130, rue Saint-Honoré (Laffitte et Caillard). Là, tu expliqueras que ce meuble doit m’être expédié par la petite vitesse. Cela coûte 7 francs les 100 kilos (deux cents livres). On te demandera donc pour la causeuse quelque chose qui n’ira pas à 7 francs, et que tu paieras et porteras sur mon compte. Quand ce sera expédié, tu m’en donneras avis.

Il y a sur la table de mon cabinet un coffret de cuir. Ce coffret contient, parmi beaucoup de papiers tous utiles, une certaine quantité de choses écrites de ma main. Il y a également des choses écrites par moi dans le long tiroir du bas à droite de ma petite armoire chinoise en laque à deux battants. Je te prie de chercher dans ce tiroir et dans le coffret de cuir tous les papiers écrits de ma main, prose et vers, de les réunir et de les mettre sous une enveloppe commune bien scellée. Tu me les feras parvenir par Charles quand il viendra. Tu feras de même un paquet ficelé et cacheté de tous les exemplaires uniques de mes discours que contient le coffret de laque à couvercle rond près de mon lit, et tu me l’enverras de la même façon.

Je t’ai dit que la malle recouverte de drap contient beaucoup d’effets précieux, entre autres une croix de diamants que tu connais et qui ne m’appartiendra qu’à un moment donné. La clef de cette malle était avec plusieurs autres dans le coffret brisé que je t’ai remis le 2 décembre. Ouvre-la, et serre précieusement la croix de diamants. Tu peux laisser le reste dans la malle en ayant soin d’en garder la clef sous ta main, et en lieu sûr.

Voilà bien des recommandations, chère amie, et je ne t’ai pourtant encore rien dit. Si je t’envoyais toutes les tendresses qui sont dans mon cœur, c’est moi qui te ferais des volumes. Comment peux-tu me supposer des défiances à moi qui sens en toi un si noble et si ferme et si tendre appui ! Retire ce vilain mot-là[1]. Je prends des précautions, voilà tout ; et je les prends dans votre intérêt à tous.

  1. « Tu as ceci de particulier que tu te méfies de moi. » Gustave Simon. La Vie d’une femme (lettre du 24 décembre 1851).