Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/514

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Je t’enverrai une lettre d’un professeur de lycée qui me parle de toi et de ta traduction-monument avec enthousiasme. Tu vois que j’ai un bon morceau de mon orgueil en toi, et dans mon Charles. Savez-vous que vous êtes tous deux de fiers arguments en faveur de l’hérédité ? Mais chut ! N’invoquons pas l’exception contre la règle.

Je t’aime profondément, mon Victor. Tu es bon et charmant.

V.

J’ai écrit à notre excellent ami Gustave Frédérix. Je pense qu’il vous a communiqué ma lettre. Mon Victor, dis à M. Verboeckhoven que samedi 25 peut-être, ou au plus tard au courrier suivant qui vous arrivera mercredi 29, il recevra le premier volume des Travailleurs de la mer avec toutes les indications nécessaires pour imprimer vite et bien. Je pense que je pourrai livrer les deux autres volumes dans le courant de décembre. Il sera donc facile de paraître fin janvier. Je corrigerai autant d’épreuves à chaque courrier qu’on m’en enverra[1].


À George Sand.


Hauteville-House, 28 novembre 1865.

Vous venez de m’écrire, dans L’Avenir National[2], une admirable lettre. Cette page me paye mon livre. Vous êtes un des plus grands esprits de la France et du monde, et, ce qu’il y a de plus beau dans le monde, un esprit fait de cœur. C’est le cœur, le cœur profond, qui parle, dans tout ce que vous dites , urbi et orbi. Ayant en vous toutes les tendresses, vous avez le droit de promulguer toutes les vérités. C’est une sublime et douce chose de voir reparaître, dans nos siècles de doute et de lutte, sous la magnifique figure de George Sand, la femme prêtresse. Votre pensée est, à ses heures, héroïque, parce qu’elle est bonne. De là votre puissance. Ce que vous dites de la vie, de la mort, du tombeau, de l’immense gamme des âmes sur la lyre de l’infini, des ascensions sans fin, des transfigurations sans nuit, tout cela, que vous faites voir et que vous faites penser, est vrai et pur, magnanime à dire, nécessaire à entendre. Quelques esprits, en ce siècle, font tapage par la négation ; c’est aux grandes âmes qu’est réservée l’affirmation. Vous avez le droit au oui. Usez-en. Usez-en pour vous et pour tous. Dieu a, au milieu des hommes, une preuve, le génie. Vous êtes, donc il est. Je considère une page affir-

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Article du 24 novembre 1865 sur Les Chansons des rues et des bois.