Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/66

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maroquin neuves, tous mes gilets, mes foulards, tout ce que j’ai encore de linge de corps à la maison. Ajoute les exemplaires (brochés verts) de mes 14 discours, les journaux exemplaires uniques qui sont dans la boîte de laque à couvercle rond près de mon lit et que je t’ai recommandés, tous les papiers écrits par moi et que tu as dû dépouiller, ma lorgnette (qui est dans l’armoire de ton père). Cherche dans cette armoire, sur ma table et dans la malle couverte de drap tous mes portefeuilles. J’ai voyagé avec. Ils contiennent tous des notes qui me sont précieuses. Envoie-les moi ainsi que mes albums de dessins. Fais choisir auparavant à Paul Meurice, à Auguste et à Mme Boucher, chacun le dessin qu’ils voudront dans ces albums.

Chère maman bien-aimée, dans deux jours tu recevras une plus longue lettre. — Je suis d’avis de sous-louer et je t’expliquerai ce que je crois faisable. En attendant, sois toujours rayonnante. Le mot de Mélanie[1] est stupide... Oui, rayonne. Nous traversons de bonnes et magnifiques adversités. Tout ce qui se passe est utile, utile à la France comme leçon, utile à nos enfants comme épreuve, utile à nous deux comme lien d’amour et consécration.

J’approuve d’avance tout ce que tu fais et tout ce que tu dis. Je sais que tu n’as rien que de sage dans l’esprit et de grand dans le cœur. Tu as bien, bien, bien parlé à Villemain[2]. C’est un ami du reste, et je lui écrirai.

Encore un mot pour vous tous. Je vous aime bien ![3]


À Charles[4].


Mercredi 28 janvier [1852] Bruxelles.

Je ne t’écris qu’une page à toi, mon Charles, car tu seras peut-être en route pour Bruxelles quand cette lettre sera à Paris. Si tu n’es pas encore

  1. Belle-sœur de Mme Victor Hugo qui avait trouvé à celle-ci « l’air bien rayonnant pour une femme dont le mari était en exil ».
  2. Dans sa lettre du 18 janvier 1852, Mme Victor Hugo avait fait part à son mari de l’offre que Villemain était venu lui faire ; « ... Je suis un si vieil ami que je porte avec moi l’excuse de cette offre. Votre mari est parti à l’improviste ; pris au dépourvu il n’a pu s’occuper d’affaires, vos fils sont en prison, la prison est onéreuse... Je viens mettre à votre disposition 2 500 francs. Ce n’est qu’un prêt ». Mme Victor Hugo refusa en ces termes : « ... Sachez, cher Monsieur, que dans aucune circonstance, nul argent autre que celui qui me viendra de mon mari ne sera touché par moi. Comme mon mari est, à peu de chose près, du même âge que moi, qu’il se porte très bien, qu’il est hors des griffes du gouvernement, je puis vous dire sans qu’il y ait en mon cœur de crainte, que si mon mari mourait avant moi, je n’accepterais jamais rien d’un gouvernement quel qu’il soit, ni d’une institution quelconque. C’est une promesse que j’ai faite à mon mari, que je me suis faite à moi-même, et que je tiendrais d’une façon absolue ».
  3. Bibliothèque Nationale.
  4. Inédite.