Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/392

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bienfait qu’elle produit. Tous les objets servent l’homme, selon les lois qui leur sont propres ; le soleil donne sa lumière, le feu sa chaleur, l’animal son instinct, la fleur son parfum. C’est leur façon d’aimer l’homme. Ils suivent leur loi, et ne s’y refusent pas et ne s’y dérobent jamais ; l’homme doit obéir à la sienne. Il faut qu’il donne à l’humanité et qu’il rende à la nature ce qui est sa lumière à lui, sa chaleur, son instinct et son parfum, l’amour.

Sans doute, c’était le premier devoir — et c’est par là qu’on a dû commencer, et les divers législateurs de l’esprit humain ont eu raison de négliger tout autre soin pour celui-là — il fallait civiliser l’homme du côté de l’homme. La tâche est avancée déjà et fait des progrès chaque jour. Mais il faut aussi civiliser l’homme du côté de la nature. Là, tout est à faire.

Voilà ma rêverie. Prenez-la pour ce qu’elle est ; mais quoi que vous en disiez, je vous déclare qu’elle vient d’un sentiment profond que j’ai en moi. Maintenant, pensons-y, mais n’en parlons plus. Il faut jeter la graine, et laisser le sillon faire.

Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II p392.jpg
Muletier aragonais.
Gorges de Tolosa. 11 août.