Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/400

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qui éclatent ; mettez sur cet ensemble le style un peu rond et lourd, mais assez souple, du temps de Charles II, et vous aurez quelque idée du petit poëme militaire et pastoral ciselé sur cette porte. C’est une églogue ornée de boulets de canon.


Le premier objet qu’on cherche du regard quand on voit pour la première fois une ville à l’horizon, c’est la cathédrale. En arrivant à Pampelune, j’avais aperçu de loin, vers l’extrémité orientale de la ville, deux abominables clochers du temps de Charles III, époque qui correspond à notre plus mauvais Louis XV. Ces deux clochers, qui ont l’intention d’être des flèches, sont pareils. Si vous tenez à vous figurer une de ces flèches, imaginez quatre gros tire-bouchons supportant on ne sait quelle vascule pansue et turgescente, laquelle est couronnée d’un de ces pots classiques, vulgairement nommés urnes, qui ont l’air d’être nés du mariage d’une amphore et d’une cruche. Tout cela en pierre. J’étais parfaitement en colère.

— Comment ! disais-je, voilà ce qu’ils ont fait de cette cathédrale presque romane de Pamplona qui a vu bâtir la citadelle de Philippe II, qui a vu une arquebuse française blesser Ignace de Loyola, et que Charles d’Évreux, roi de Navarre, avait trouvée si belle qu’il voulut y mettre son tombeau !

J’étais tenté de n’y point aller. Cependant, arrivé à Pampelune et apercevant au bout d’une rue la mine piteuse des deux clochers, un scrupule m’a pris, et je me suis dirigé vers le portail.

Vu de près, il est pire encore. Les deux excroissances taillées en trognons de choux et décorées du nom de flèches que je viens de vous esquisser sont portées par une colonnade à laquelle je ne puis rien comparer si ce n’est la colonnade de Saint-Denis du Saint-Sacrement, dans notre rue Saint-Louis à Paris. Et ces turpitudes se donnent dans les écoles pour de l’art grec et romain ! Ô mon ami, que le laid est laid quand il a la prétention d’être beau !

J’ai reculé devant cette architecture, et j’allais laisser là l’église lorsqu’en tournant à gauche, j’ai aperçu derrière la façade les hautes murailles noires, les ogives à fenestrages flamboyants, les clochetons délicats, les contreforts robustes de la vénérable cathédrale de Pampelune. J’ai reconnu l’église que j’avais rêvée.

Elle se tient là, comme si elle subissait je ne sais quelle punition, cachée, sombre, triste, humiliée, derrière l’odieux portail dont le « bon goût » l’a affublée. Quel masque que cette façade ! Quel bonnet d’âne que ces deux clochers !

Réconcilié et satisfait, je suis entré dans l’édifice par un portail latéral qui est du quinzième siècle, simple, peu orné, mais élégant. Les portes sont