Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/446

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Après Périgueux. — Château-l’Évêque, charmant châtelet du 15e siècle. Résidence d’été des évêques de Périgueux. Appartient à un avocat juge de paix.

Angoulême. — Entrevue. Jour levant. Cinq heures du matin. Un beau château des 13e et 15e siècles au centre de la ville. Sert à quelque chose. Il y a un factionnaire. Tant mieux, on ne le démolira pas. Cathédrale romane. Admirable portail à cinq étages de bas-reliefs, muraille chargée d’arabesques et de statues, gâté par un volet bleu au beau milieu. Beau clocher roman à cinq étages, comme le portail.


Après Angoulême. — Jarnac. Aucun vestige du lieu historique. Un long village blanc avec cette affiche jaune sur le mur : Bal chez M. Baraud. — Je me rappelle avoir vu chez le duc de Rohan à Laroche-Guyon, en 1821, dans l’antichambre, un beau et rare tableau qui représentait le duel de Jarnac et de la Châtaigneraye peint sur bois.


Cognac. — Vieille ville curieuse et assez bien conservée.


Saintes. — Le vieux pont a perdu tout son caractère. Châtré et rejointoyé. On démolit en ce moment l’arc de triomphe pour le transporter ailleurs, dit-on. Opération barbare et dérisoire. Le pont est encombré des débris de l’arc mis en poussière. J’ai vu emporter la pierre numérotée C 5 ; un cahot a failli faire verser la charrette. Un peu plus, la pierre tombait sur le pavé et s’en allait en miettes, comme les deux tiers du monument. Il ne reste plus que les deux arches d’en bas. Les ouvriers dessus, la charpente dessus et autour, la grue en haut. Les vieilles pierres vermiculées par l’âge et la pluie s’écrasent sous la pression des échelles. Là, à l’angle à droite, une colonne engagée, cannelée, en porte à faux, sera évidemment refaite ou manquera. On appelle cela sauver un monument. Le pont, à ce qu’il paraît, gênait la navigation. À l’époque où il fut construit, la mer, comme me disait un vieux marin, se faisait sentir à Saintes plus qu’à présent. Maintenant le pilotis est trop élevé de trois ou quatre pieds. On a essayé de le couper sous une arche. Mais c’est une charpente si savamment nouée que tout s’y tient. On n’eût pu l’entamer sur un point sans que tout le reste ne s’infiltrât. De là cette démolition si regrettable.

À Saintes, trois beaux clochers ; un, roman, sur la rive droite. Les deux autres, gothiques, sur la rive gauche. De ces deux clochers le premier est le moins ancien. Il est du 15e siècle, fort riche et très noble, on l’a coiffé d’une coupole malheureuse. Il tient à l’église St-Pierre, qui a un beau portail.