Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/547

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Anne. Le maître de la calèche la conduit lui-même. M. Van Maenem est assis à côté de lui sur le siège. Il nous montre de loin la dune où l’on a trouvé il y a cent ans un esquimau noyé dans sa pirogue. Hier nous avons vu dans un compartiment de l’hôtel-de-ville cette pirogue suspendue près du plafond. Elle est en écorce et ressemble à un long poisson. Au milieu un mannequin figure l’esquimau noyé. Le mannequin est vêtu des habits du mort en peau de phoque et tient des deux mains les deux avirons.

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Il est assis dans la pirogue qui se ferme autour de sa ceinture. Cet homme avait été ainsi apporté du pôle par l’océan.

Nos excellents chevaux nous entraînent rapidement à travers les arbres, les prairies, les pâturages, les villas et les métairies et les jolis villages lavés, balayés et peints à neuf ; les cochons sont débarbouillés, le fumier est propre. Les belles maisons de campagne abondent.

Au seizième siècle, la mer était là, et une bataille navale s’y livra entre les espagnols et les hollandais. Rien d’étrange pour la pensée comme la vision d’un choc de navires furieux se canonnant dans l’ouragan et dans les écumes, superposée à ce paysage de jardins et de maisons blanches où l’on entend bêler les brebis. En cinq quarts d’heure, nous sommes à la petite ville de Browershaven. Le bourgmestre me reçoit à la descente de voiture devant l’hôtel de ville. C’est un homme d’environ cinquante ans à la figure douce et intelligente. Il a le ruban du Lion de Hollande à sa boutonnière.

Browershaven veut dire havre des brasseurs. Le bourgmestre nous montre l’hôtel de ville. Au rez-de-chaussée grande salle où il y a un très beau lustre de cuivre avec figurines. Au mur un tableau du 17e siècle représente un cachalot échoué. Ce cachalot est venu expirer il y a deux cents ans sur la dune de Browershaven. Nous montons un escalier à vis de Saint-Gilles ; nous arrivons au grenier. J’aperçois une espèce de longue poutre sur tré-