Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/123

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Mais il fallait que M. Bonaparte s’en allât. Là était l’obstacle. De là est venue la catastrophe.

Ainsi, cet homme un beau matin a pris à la gorge la Constitution, la République, la loi, la France ; il a donné à l’avenir un coup de poignard par derrière ; il a foulé aux pieds le droit, le bon sens, la justice, la raison, la liberté ; il a arrêté des hommes inviolables, il a séquestré des hommes innocents, il a banni des hommes illustres ; il a empoigné le peuple dans la personne de ses représentants ; il a mitraillé les boulevards de Paris ; il a fait patauger sa cavalerie dans le sang des vieillards et des femmes ; il a arquebusé sans sommation, il a fusillé sans jugement ; il a empli Mazas, la Conciergerie, Sainte-Pélagie, Vincennes, les forts, les cellules, les casemates, les cachots de prisonniers, et de cadavres les cimetières ; il a fait mettre à Saint-Lazare la femme qui portait du pain à son mari caché, il a envoyé aux galères pour vingt ans l’homme qui donnait asile à un proscrit ; il a déchiré tous les codes et violé tous les mandats ; il fait pourrir les déportés par milliers dans la cale horrible des pontons ; il a envoyé à Lambessa et à Cayenne cent cinquante enfants de douze à quinze ans ; lui qui était plus grotesque que Falstaff, il est devenu plus terrible que Richard III ; et tout cela pourquoi ? Parce qu’il y avait, il l’a dit, « contre son pouvoir un complot » ; parce que l’année qui finissait s’entendait traîtreusement avec l’année qui commençait pour le renverser ; parce que l’article 45 se concertait perfidement avec le calendrier pour le mettre dehors ; parce que le deuxième dimanche de mai voulait le « déposer » ; parce que son serment avait l’audace de tramer sa chute ; parce que sa parole d’honneur conspirait contre lui ! Le lendemain du triomphe, on le raconte, il a dit : Le deuxième dimanche de mai est mort. Non ! c’est la probité qui est morte, c’est l’honneur qui est mort, c’est le nom de l’empereur qui est mort ! Comme l’homme qui est dans la chapelle Saint-Jérôme doit tressaillir, et quel désespoir ! Voici l’impopularité qui monte autour de la grande figure, et c’est ce fatal neveu qui a posé l’échelle ! Voici les grands souvenirs qui s’effacent et les mauvais souvenirs qui reviennent. On n’ose déjà plus parler d’Iéna, de Marengo, de Wagram. De quoi parle-t-on ? du duc d’Enghien, de Jaffa, du 18 brumaire. On oublie le héros, et l’on ne voit plus que le despote. La caricature commence à tourmenter le profil de César. Et puis quel personnage à côté de lui ! Il y a des gens déjà qui confondent l’oncle avec le neveu, à la joie de l’Elysée et à la honte de la France ! le parodiste prend des airs de chef d’emploi. Hélas ! sur cette immense splendeur il ne fallait pas moins que cette immense souillure ! Oui ! pire que Hudson Lowe ! Hudson Lowe n’était qu’un geôlier, Hudson Lowe n’était qu’un bourreau.