Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/243

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NOTES DE L’EDITEUR. I HISTORIQUE DE NAPOLÉON -LE-PETIT. Le 2 décembre 1851, Louis Bonaparte violait son serment de fidélité à la République et à la Constitution. Il chassait l’Assemblée, faisait emprisonner un grand nombre de représentants et pourchasser ceux qui étaient restés libres , lançait l’armée contre une population sans armes, semait partout la terreur et assurait, dans la journée sanglante du 4 décembre , le sticcès de sa criminelle tentative. Tout essai de résistance devenait désormais inutile ; les représentants qui avaient pu échapper aux recherches de la police n’avaient plus qu’une résolution à prendre : gagner la frontière. Plusieurs d’entre eux étaient déjà partis sous divers déguisements, munis de fatix passeports. Victor Hugo était resté un des derniers à Paris , et n’avait pas songé à se procurer des papiers pour quitter la France. En revanche, on y songea pour lui. Il avait eu l’occasion autrefois de rendre service à un ouvrier typographe , nommé Lanvin , ainsi qu’en témoigne cet extrait d’une lettre adressée à Victor Hugo en 1842 : Si l’oubli ou l’indifférence énervent nos facultés, un intérêt aussi précieux que celui que vous daignez me témoigner est bien fait pour ranimer une âme, quelque abattue qu’elle soit. Aussi tous les efforts de la mienne vont tendre désormais à mériter la protection que vous m’accordez. Elle vous est acquise, cette âme que vous régénérez. Daignez donc l’accepter. Monsieur, et croire que rien ne peut égaler ma reconnaissance que le profond dévouement avec lequel j’ai l’honneur d’être Votre très humble serviteur, Lanvin. La femme de ce brave homme gardait encore neuf ans plus tard le souvenir de ce bienfait. Ce fut elle qui, la première, eut l’idée d’obtenir pour Victor Hugo un passeport au nom de son mari ; elle savait à quelles difficultés elle se heurterait ; il fallait d’abord désigner la destination et justifier les motifs du voyage ; elle arrêta son plan : Lanvin connaissait M. Luthereau, imprimeur à Bruxelles ; il dirait qu’il allait travailler dans cette imprimerie et, pour plus de sécurité, il écrirait d’avance à M. Luthereau pour l’avertir qu’il venait en Belgique sur sa demande. Lanvin approuva le plan et commença ses démarches. Il avait son livret d’ouvrier. Le signalement concordait tant bien que mal, plus mal que bien, avec celui de Victor Hugo ; c’était un coup à risquer. Il se mit donc en mesure de remplir toutes les formalités : il se rendit , muni de son livret, avec deux témoins patentés, chez le commissaire de police. Le commissaire rédigea un papier autorisant l’ouvrier à retirer son passeport à la préfecture. Par inadvertance ou par fantaisie, il avait apporté une variante dans le signalement : à la place de ne-z ordinaire, il avait écrit ne^ très gros. Ce pouvait être une désignation fâcheuse. Ce n’était pas tout ; lorsqu’il avait demandé à Lanvin sa profession , celui-ci lui avait répondu : compositeur. Un des témoins , non prévenu , s’était écrié tout naïvement : «Tiens ! je vous croyais employé à la sténographie de l’Assemblée nationale. »