Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/253

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HISTORIQUE DE NAPOLEON-LE-PETIT. 241

Les proscrits m’assurent qu’on vendrait dans l’île seulement 1,000 ou 1,500 Napoléon -le-Petit. Vous pouvez dans tous les cas tâter le terrain, en en envoyant deux cents ou deux cent cinquante, qui seraient, je crois, enlevés tout de suite. Le passage en France, par les bateaux pêcheurs, serait, dit-on, très facile. Ils vont et viennent constamment, et on ne les visite pas.

La première édition in-12 avait e’té rapidement enlevée. Victor Hugo se préoccupait de la réimpression ; il écrivait à Hetzel le 15 août :

Où en est la réimpression de Napoh’on-le-Pelit ? ,.. J’ai déjà envoyé à M. Tarride quelques corrections pour la réimpression de Napoléon-Ie-Petit. . . Y a-t-il un transit pour les livres par l’Angleterre .’ Dans ce cas il faudrait les envoyer par là. S’il n’y pas de transit, il faudrait prendre la voie de Rotterdam pour Guernesey. M. Philippe Fallé, libraire de Jersey, qui demande 250 Niip.-le-Petitj indique la voie et le procédé dans sa lettre à M. Tarride. . . Ici on attend le livre avec impatience. S’il y en avait eu mille à l’apparition de l’ouvrage, ils eussent été vendus dans l’île seulement. Demain nous nous installons à Marine-Terrace.

Le livre, en effet, était attendu avec impatience. Dès qu’il fut entre les mains des exilés, ce fut une explosion d’enthousiasme. Madier de Montjau se fît, le 18 août, l’interprète de la proscription dans la lettre suivante :

Je persiste à croire plus que jamais que N iipoléon-k-Petit nous sera un puissant auxiliaire. Je n’avais pas attendu l’envoi des deux volumes que M. Luttrot (Luthereau) a bien voulu m’apporter le lendemain de votre part, pour me procurer un exemplaire de Xahominable pamphlet (vous savez que chez les amis de M. Bonaparte cela ne s’appelle pas autrement). S’ils proportionnent l’injure au mal que le livre doit leur faire , je les trouve encore modérés dans leur dénomination. J’ai tout lu rapidement. J’ai relu ensuite les passages qui m’avaient le plus frappé, et je me félicite de pouvoir vous dire que l’opinion que je m’étais formée sur les passages que vous avez bien voulu me communiquer a été fortifiée par l’examen attentif de l’ensemble. Laissons lever ces ferments, et nous aurons un jour une grande et utile explosion. Noël Parfait annonçait à Victor Hugo qu’il avait fait passer en France des exemplaires de Napoléon-le-Petit, en feuilles et sur papier mince, par le moyen de la poste ; mais que ce moyen avait été éventé et les lettres décachetées. Il envoyait en même temps l’extrait d’une lettre , en date du 5 septembre, qu’.-lexandre Dumas lui avait adressée de Turin après son passage à Lyon :

Après le souper, on s’est réuni dans une chambre, et là j’ai lu les principaux passages de Napoléon -k-Pe/i(. Tout le monde a été ravi, transporté ! A la suite de cette lecture, de telles instances ont été faites que mon dernier volume est resté dans la seconde capitale de l’empire. En arrivant ici, je me suis informé si je pouvais en avoir d’autres. On en avait envoyé un certain nombre, mais tout a été enlevé dans un seul jour. Il n’en reste pas un exemplaire à Turin. Quel succès et quel effet prodigieux !

Le 7 septembre, Victor Hugo se plaint à Hetzel des lenteurs de l’imprimeur : Le certain, c’est qu’un temps précieux a été perdu , c’est qu’ici on aurait vendu 2,000 exemplaires et que ceux qu’on manque à vendre ne se retrouvent pas.

Charras écrit à Victor Hugo le 10 novembre :

Vous savez que votre livre fait toujours fureur en France. On se l’arrache. On en fait des copies. On divise le petit livre en dix ou douze volumes pour satisfaire plus de personnes à la fois. On l’autographie par fragments. On a été jusqu’à en réimprimer des fragments en placards à la brosse. Hier encore j’ai reçu une lettre d’une Je mes parentes qui habite le Puy-de-Dôme. Elle me dit que, dans la ville où elle demeure, il est enfin arrivé lieux exemplaires de N.-le-P. depuis six jours et que déjà plus de deux cents personnes l’ont lu. On le lit la nuit tout entière aussi bien que le jour tout entier. Ma parente l’a entendu lire de une heure du matin à quatre 16