Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/287

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Faucher et Odilon Barrot ; ces derniers affirmaient qu’il était probe et sincère. On l’avait vu se frapper la poitrine devant la porte de Ham ; sa sœur de lait, Mme Hortense Cornu, écrivait à Mieroslawsky : Je suis bonne républicaine et je réponds de lui ; son ami de Peauger, homme loyal, disait : Louis Bonaparte est incapable d’une trahison. Louis Bonaparte n’avait-il pas écrit le livre du Paupérisme ? Dans les cercles intimes de l’Elysée, le comte Potocki était républicain, et le comte d’Orsay était libéral ; Louis Bonaparte disait à Potocki : Je suis un homme de démocratie, et à d’Orsay : Je suis un homme de liberté. Le marquis du Hallays était contre le coup d’État, et la marquise du Hallays était pour. Louis Bonaparte disait au marquis : Ne craignez rien (il est vrai qu’il disait à la marquise : Soyez tranquille). L’Assemblée, après avoir montré çà et là quelques velléités d’inquiétude, s’était remise et calmée. On avait le général Neumayer « qui était sûr », et qui, de Lyon où il était, marcherait sur Paris. Changarnier s’écriait : Représentants du peuple, délibérez en paix. Lui-même, Louis Bonaparte, avait prononcé ces paroles fameuses : Je verrais un ennemi de mon pays dans quiconque voudrait changer par la force ce qui est établi par la loi. Et d’ailleurs, la force, c’était l’armée ; l’armée avait des chefs, des chefs aimés et victorieux : Lamoricière, Changarnier, Cavaignac, Le Flô, Bedeau, Charras ; se figurait-on l’armée d’Afrique arrêtant les généraux d’Afrique ? Le vendredi 28 novembre 1851, Louis Bonaparte avait dit à Michel (de Bourges) : – Je voudrais le mal que je ne le pourrais pas. Hier jeudi, j’ai invité à ma table cinq des colonels de la garnison de Paris ; je me suis passé la fantaisie de les interroger chacun à part ; tous les cinq m’ont déclaré que jamais l’armée ne se prêterait à un coup de force et n’attenterait à l’inviolabilité de l’Assemblée. Vous pouvez dire ceci à vos amis. – Et il souriait, disait Michel (de Bourges) rassuré, et moi aussi j’ai souri. A la suite de cela, Michel (de Bourges) disait à la tribune : C’est mon homme. Dans ce même mois de novembre, sur la plainte en calomnie du président de la République, un journal satirique était condamné à l’amende et à la prison pour une caricature représentant un tir, et Louis Bonaparte ayant la Constitution pour cible. Le ministre de l’intérieur, de Thorigny, ayant déclaré dans le conseil, devant le président, que jamais un dépositaire du pouvoir ne devait violer la loi, qu’autrement il serait… – Un malhonnête homme, avait dit le président. Toutes ces paroles et tous ces faits avaient la notoriété publique. L’impossibilité matérielle et morale du coup d’État frappait tous les yeux. Attenter à l’Assemblée nationale ! arrêter les représentants ! quelle folie ! On vient de le voir, Charras, qui s’était longtemps tenu sur ses gardes, renonçait à toute précaution. La sécurité était complète et unanime. Nous étions bien, dans l’Assemblée, quelques-uns qui gardaient un certain doute et qui hochaient parfois la tête ; mais nous passions pour imbéciles.