Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/304

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nommé Leras arrêta Changarnier ; le nommé Desgranges arrêta Nadaud. Ces hommes, ainsi saisis dans leurs maisons, étaient des représentants du peuple, ils étaient inviolables, de sorte qu’à ce crime, la violation de la personne, s’ajoutait cette forfaiture, le viol de la Constitution.

Aucune effronterie ne manqua à cet attentat. Les agents de police étaient gais. Quelques-uns de ces drôles raillaient. A Mazas, les argousins ricanaient autour de Thiers. Nadaud les réprimanda rudement. Le sieur Hubaut jeune réveilla le général Bedeau. – Général, vous êtes prisonnier. – Je suis inviolable. – Hors le cas de flagrant délit. – Alors, dit Bedeau, flagrant délit de sommeil. – On le prit au collet et on le traîna dans un fiacre.

En se rencontrant à Mazas, Nadaud serra la main de Greppo, et Lagrange serra la main de Lamoricière. Cela faisait rire les hommes de police. Un nommé Thirion, colonel, la croix de commandeur au cou, assistait à l’écrou des généraux et des représentants. – Regardez-moi donc en face, vous ! lui dit Charras. Thirion s’en alla.

Ainsi, sans compter d’autres arrestations qui eurent lieu plus tard, furent emprisonnés, dans la nuit du 2 décembre, seize représentants et soixante-dix-huit citoyens. Les deux agents du crime en rendirent compte à Louis Bonaparte. Coffrés, écrivit Morny. Bouclés, écrivit Maupas. L’un dans l’argot des salons, l’autre dans l’argot des bagnes ; nuances de langage.