Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/319

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derrière le dos, la tête basse, se promenait de long en large devant la cheminée où un grand feu était allumé. On parlait tout haut chez lui de lui devant lui, il semblait ne pas entendre.

Deux membres de la gauche survinrent, Benoît (du Rhône) et Crestin. Crestin entra dans le salon, alla droit à M. Dupin, et lui dit : – Monsieur le président, vous savez ce qui se passe ? Comment se fait-il que l’Assemblée ne soit pas encore convoquée ?

M. Dupin s’arrêta et répondit avec ce geste du dos qui lui était familier :

— Il n’y a rien à faire.

Puis il se remit à se promener.

— C’est assez, dit M. de Rességuier.

— C’est trop, dit Eugène Sue.

Tous les représentants sortirent.

Cependant le pont de la Concorde se couvrait de troupes. Le général Vast-Vimeux, maigre, vieux, petit, ses cheveux blancs plats collés sur les tempes, en grand uniforme, son chapeau bordé sur la tête, chargé de deux grosses épaulettes, étalant son écharpe, non de représentant, mais de général, laquelle écharpe, trop longue, traînait à terre, parcourait à pied le pont, et jetait aux soldats des cris inarticulés d’enthousiasme pour l’empire et le coup d’État. On voyait de ces figures-là en 1814. Seulement, au lieu de porter une grosse cocarde tricolore, elles portaient une grosse cocarde blanche. Au fond, même phénomène. Des vieux criant : Vive le passé ! Presque au même moment, M. de Larochejaquelein traversait la place de la Concorde entouré d’une centaine d’hommes en blouse qui le suivaient en silence et avec un air de curiosité. Plusieurs régiments de cavalerie étaient échelonnés dans la grande avenue des Champs-Elysées.

A huit heures, des forces formidables investissaient le palais législatif. Tous les abords en étaient gardés, toutes les portes en étaient fermées. Cependant quelques représentants parvenaient encore à s’introduire dans l’intérieur du palais, non, comme on l’a raconté à tort, par le passage de l’hôtel du président du côté de l’esplanade des Invalides, mais par la petite porte de la rue de Bourgogne, dite Porte Noire. Cette porte, par je ne sais quel oubli ou par je ne sais quelle combinaison, resta ouverte le 2 décembre jusque vers midi. La rue de Bourgogne était cependant pleine de troupes. Des pelotons épars çà et là, rue de l’Université, laissaient circuler les passants, qui étaient rares.

Les représentants qui s’introduisaient par la porte de la rue de Bourgogne pénétraient jusque dans la salle des Conférences où ils rencontraient leurs collègues sortis de chez M. Dupin. Il y eut bientôt dans cette salle un groupe assez nombreux d’hommes de toutes