Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome I.djvu/78

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montaient, nous l’avons dit, jusque dans le faubourg Saint-Martin et aux alentours du canal. Le quartier des écoles, où le comité de résistance avait envoyé le représentant de Flotte, était plus soulevé encore que la veille ; la banlieue prenait feu ; on battait le rappel aux Batignolles ; Madier de Montjau agitait Belleville ; trois barricades énormes se construisaient à la Chapelle-Saint-Denis. Dans les rues marchandes les bourgeois livraient leurs fusils, les femmes faisaient de la charpie. – Cela marche ! Paris est parti ! nous criait B*** entrant tout radieux au comité de résistance[1]. – D’instant en instant les nouvelles nous arrivaient ; toutes les permanences des divers quartiers se mettaient en communication avec nous. Les membres du comité délibéraient et lançaient les ordres et les instructions de combat de tout côté. La victoire semblait certaine. Il y eut un moment d’enthousiasme et de joie où ces hommes, encore placés entre la vie et la mort, s’embrassèrent. – Maintenant, s’écriait Jules Favre, qu’un régiment tourne ou qu’une légion sorte, Louis Bonaparte est perdu ! – Demain la République sera à l’Hôtel de Ville, disait Michel (de Bourges). Tout fermentait, tout bouillonnait ; dans les quartiers les plus paisibles, on déchirait les affiches, on démontait les ordonnances. Rue Beaubourg, pendant qu’on construisait une barricade, les femmes aux fenêtres criaient : courage ! L’agitation gagnait même le faubourg Saint-Germain. A l’hôtel de la rue de Jérusalem, centre de cette grande toile d’araignée que la police étend sur Paris, tout tremblait ; l’anxiété était profonde, on entrevoyait la République victorieuse ; dans les cours, dans les bureaux, dans les couloirs, entre commis et sergents de ville, on commençait à parler avec attendrissement de Caussidière. »S’il faut en croire ce qui a transpiré de cette caverne, le préfet Maupas, si ardent la veille, et si odieusement lancé en avant, commençait à reculer et à défaillir. Il semblait prêter l’oreille avec terreur à ce bruit de marée montante que faisait l’insurrection – la sainte et légitime insurrection du droit ; – il bégayait, il balbutiait, le commandement s’évanouissait dans sa bouche. – Ce petit jeune homme a la colique, disait l’ancien préfet Carlier en le quittant. Dans cet effarement, Maupas se pendait à Morny. Le télégraphe électrique était en perpétuel dialogue de la préfecture de police au ministère de l’intérieur et du ministère de l’intérieur à la préfecture de police. Toutes les nouvelles les plus inquiétantes, tous les signes de panique et de désarroi arrivaient

  1. Bastide.

    Un comité de résistance, chargé de centraliser l’action et de diriger le combat, avait été nommé le 2 décembre au soir par les membres de la gauche réunis en assemblée chez le représentant Lafon, quai Jemmapes, n° 2. Ce comité, qui dut changer vingt sept fois d’asile en quatre jours, et qui, siégeant en quelque sorte jour et nuit, ne cessa pas un seul instant d’agir pendant les crises diverses du coup d’État, était composé des représentants Carnot, de Flotte, Jules Favre, Madier de Monjau, Michel (de Bourges), Schœlcher et Victor Hugo.