Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/188

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


la limpidité universelle m’enveloppait ; toute cette grâce et toute cette grandeur me mettaient dans l’âme une aurore…

Tout à coup un voyageur demanda :

— Quel est cet endroit-ci ?

Un autre répondit :

— Sedan.

Je tressaillis.

Ce paradis était un sépulcre.

Je regardai. La vallée était ronde et creuse comme le fond d’un cratère ; la rivière, toute tortueuse, avait une ressemblance de serpent ; les hautes collines étagées les unes derrière les autres entouraient ce lieu mystérieux comme un triple rang de murailles inexorables ; une fois là, il fallait y rester. Cela faisait songer aux cirques. On ne sait quelle inquiétante verdure, qui avait l’air d’un prolongement de la Forêt-Noire, envahissait toutes les hauteurs et se perdait à l’horizon comme un énorme piège impénétrable ; le soleil brillait, les oiseaux chantaient, les charretiers passaient en sifflant, il y avait des brebis, des agneaux et des colombes çà et là, les feuillages frissonnaient et chuchotaient ; l’herbe, cette herbe si épaisse, était pleine de fleurs. C’était épouvantable.

Il me semblait voir trembler sur cette vallée le flamboiement de l’épée de l’ange.

Ce mot, Sedan, avait été comme un voile déchiré. Le paysage était devenu subitement tragique. Ces vagues yeux que l’écorce dessine sur le tronc des arbres regardaient, quoi ? Quelque chose de terrible et d’évanoui.

C’était là en effet ! et, au moment où je passais, il y avait treize mois moins quelques jours, c’était là qu’était venue aboutir la monstrueuse aventure du 2 décembre. Echouement formidable.

Les sombres itinéraires du sort ne peuvent être étudiés sans un profond serrement de cœur.