Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/37

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de scrupules. Il avait débuté en Afrique sous le colonel Combes dans le 47e de ligne. Il avait été vaillant à Constantine ; à Zaatcha, il avait dégagé Herbillon, et le siège, mal commencé par Herbillon, avait été bien fini par lui. X…, petit, court, la tête dans les épaules, intrépide, savait admirablement manier une brigade. Son avancement avait eu quatre échelons : d’abord Bugeaud, puis Lamoricière, puis Cavaignac, puis Changarnier. A Paris, en 1851, il vit Lamoricière, qui « lui battit froid », et Changarnier, qui le traita mieux. Il sortit de Satory indigné. Il criait : Il faut en finir avec ce Louis Bonaparte. Il corrompt l’armée. Ces soldats ivres soulèvent le cœur. Je veux retourner en Afrique. En octobre, Changarnier baissait, et l’enthousiasme de X… tombait. X… fréquenta alors l’Elysée, mais sans se livrer. Il donna parole au général Bedeau, qui comptait sur lui. Le 2 décembre, au point du jour, quelqu’un vint réveiller X… C’était Edgar Ney. X… était un point d’appui pour le coup d’État ; mais consentirait-il ? Edgar Ney lui expliqua l’événement, et ne le quitta qu’après l’avoir vu sortir à la tête du 1er régiment de la caserne de la rue Verte. X… alla prendre position place de la Madeleine. Comme il y arrivait, Larochejaquelein, repoussé de la Chambre par les envahisseurs, traversait la place. Larochejaquelein, pas encore bonapartiste, était furieux. Il aperçut X…, son ancien camarade à l’École militaire en 1830, qu’il tutoyait, alla à lui et lui dit : – C’est un acte infâme. Que fais-tu ? – J’attends, répondit X… Larochejaquelein le quitta. X… mit pied à terre et alla voir un parent à lui, conseiller d’État, M. R… [1], qui demeurait rue de Suresne. Il lui demanda conseil. M. R…, honnête, n’hésita pas. Il répondit : – Je vais au conseil d’État faire mon devoir. C’est un crime. – X… hocha la tête et dit : – Il faut voir.

Ce j’attends et cet il faut voir préoccupaient Louis Bonaparte. Morny dit : Faisons donner l’escadron volant.

  1. M. Rivet