Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome I.djvu/94

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L’homme de génie ne doit reculer devant aucune difficulté ; il fallait de petites armes aux hommes ordinaires ; aux grands athlètes, il leur fallait les cestes d’Hercule.


PLAN DE TRAGÉDIE FAIT AU COLLÈGE

Deux des successeurs d’Alexandre, Cassandre et Alexandre, fils de Polyperchon, se disputent l’empire de la Grèce. Le premier est retranché dans la citadelle d’Athènes, le second campe sous les murailles. Athènes, entre ces deux puissants ennemis, menacée à tout moment de sa ruine, est encore tourmentée par des dissensions intérieures. Le peuple penche pour le parti d’Alexandre, qui promet de rétablir le gouvernement populaire ; le sénat tient pour Cassandre, qui a rétabli le gouvernement aristocratique. De là la haine violente du peuple contre Phocion, chef du sénat, et le plus grand ennemi des caprices de la multitude. Phocion, dans cette crise, où il s’agit de lui autant que de l’état, insensible à tout autre intérêt qu’à celui de ses concitoyens, ne songe qu’au salut de la république ; il y travaille avec toute l’imprudence d’une belle âme. Les moyens qu’il emploie pour sauver la patrie sont ceux qu’on emploie pour le perdre lui-même. Il parvient à déterminer les deux chefs rivaux à s’éloigner de l’Attique et à respecter Athènes ; et dans le même moment il est accusé de trahison, traduit devant le peuple, et condamné. Voilà, en peu de mots, toute l’action de la tragédie ; elle est simple, et peut être noble pourtant. C’est le tableau des agitations populaires et de la vertu malheureuse, c’est-à-dire le plus grand exemple qu’on puisse mettre sous les yeux des hommes, et le spectacle digne des dieux.

D’un côté, la haine du peuple, les ennemis de Phocion, sa vertu imprudente, qui leur donne des armes contre lui, enfin Alexandre et son armée ; de l’autre, les troupes de Cassandre, le parti des bons citoyens, la vieille autorité du sénat, enfin l’ascendant éternel de la vertu, qui fait triompher Phocion toutes les fois qu’il se trouve en présence de la multitude. Ainsi la balance théâtrale est établie ; l’action se déroule par une suite de révolutions inattendues ; les moyens d’attaque et de résistance ont entre eux des proportions qui rendent l’anxiété possible.

Ainsi, lorsqu’au troisième acte Phocion n’a pas craint de se rendre au camp d’Alexandre, son ennemi, et qu’il l’a déterminé à accepter une entrevue avec Cassandre, il semble que cette démarche courageuse va désarmer l’ingratitude