Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/616

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« Les âmes passent l’éternité à parcourir l’immensité. »

Voilà ce que disaient, il y a deux mille ans, les Druides. Avaient-ils déjà une sorte de divination de la pluralité des mondes .f* Ils levaient la tête, ils contemplaient les étoiles, et ils faisaient ce prodigieux rêve. De ces étoiles cependant ils ne connaissaient alors que ce que voyaient leurs yeux. Aujourd’hui nous avons un peu plus écarté le voile d’Isis, et notre imagination peut entrevoir, avec un peu rnoins d’obscurité et beaucoup plus d’épouvante, ce que serait, à travers les mondes, le vertigineux voyage sans fin.

A deux cents millions de lieues de nous, dans cette ombre, il y a un globe. Ce globe est quinze cents fois plus gros que la Terre. Quelle est la grosseur de la Terre ? Pour traîner la Terre, il faudrait dix milliards d’attelages de dix milliards de chevaux chacun. Ce globe, c’est Jupiter. Nous le voyons, il ne nous voit pas. Notre globe est trop petit. Jupiter est couvert de nuages. Notre crépuscule est son plein midi. Il a une année de douze ans, un jour de cinq heures, une nuit de cinq heures, une seule saison, son axe étant à peine incliné, et quatre satellites. Ces satellites sont toujours tous les quatre sur son horizon ; quand l’un est croissant, l’autre est pleine lune. La prodigieuse vitesse de sa rotation use rapidement la vie ; évolution trop précipitée des organismes sur eux-mêmes, répétition trop fréquente des actes vitaux, frottement fatigant du mécanisme, sommeils courts. On meurt vite dans Jupiter. À partir de Jupiter, et pour toutes les régions au delà, les étoiles sont visibles le jour.

Cent soixante millions de lieues plus loin, il y a un autre être énorme. Celui-là est seulement huit cents fois plus grand que la Terre. Ce vivant