Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Philosophie, tome II.djvu/619

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ur eux-mêmes.

Une fois saisis par ces aimants, les mondes restent à jamais leurs prisonniers.

Notre soleil a pris Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Oceanus...

Le Soleil pèse à lui seul sept cents fois plus que toutes les planètes connues mises ensemble dans le plateau d’une balance.

Mercure a la densité de l’or, Vénus et la Terre ont la densité de l’oxyde de fer, Mars a la densité du rubis, Jupiter du chêne, Saturne du liège, Uranus de la brique, Oceanus du hêtre. Oceanus, Saturne et Jupiter flotteraient sur l’eau.

Quelques-uns de ces mondes, comme Vesta, n’ont pas d’atmosphère. Pas d’atmosphère, c’est le silence. Ce sont des univers sourds-muets.

Les planètes éclairent splendidement leurs satellites. Le clair de terre est treize fois plus lumineux que le clair de lune.

Pour les habitants de la lune, quelle merveille que la terre ! l’année de la lune est d’un mois composé d’un jour et d’une nuit qui durent chacun deux semaines. La lune a probablement la forme ovoïde ; liquide aux premiers temps de sa formation, elle a dû se figer en ellipsoïde allongée, ce qui explique pourquoi l’un de ses hémisphères, le plus pesant, est éternellement tourné vers nous ; la lune pend sur la terre. Ne percevant que son petit diamètre, qui offre une section circulaire, nous la voyons ronde. Une moitié seulement de la lune, cet hémisphère, a la vision de la terre. Vision presque effrayante, à la fois réelle et spectrale. Les habitants de l’arrière hémisphère doivent faire ce voyage d’aller voir la terre de l’autre côté de leur monde. De ce point-là, que voit-on ? Au zénith, un vaste globe immobile, toujours lumineux, gros trois fois comme le soleil. Autour de ce globe tourne l’univers. Cette sphère apparaît comme la clef de voûte du ciel. La création est un tourbillon autour d’elle. Elle est le milieu visible du monde. Elle évolue, mais sur elle-même, majestueusement centrale. C’est l’illusion fixée au sommet de la réalité et déconcertant à jamais la science. Pour les hommes de la lune l’astronomie vraie est fermée. Du haut du ciel étoile, l’aberration préside au calcul. Comment échapper à ce globe qui ne se déplace jamais, et sur lequel tout gravite ? L’ordre du monde roule sur lui. Toute étude cosmique est irrémédiablement viciée à son point de départ. Un Galilée lunaire semble impossible.

S’imagine-t-on des fleuves de planètes ? Cela existe. Ces fleuves tournent autour de l’étoile dite Soleil. Le plus remarquable, dans notre système, c’est le grand courant d’astres situé à moitié chemin entre Mars et Jupiter. Le premier de ces astres, Cérès, fut découvert en janvier 1801