Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/206

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Que le ciel ne peut démentir ;
Et si le trépas même, enfin, frappe leur tête,
De l’apôtre serein l’humble voix ne s’arrête
Qu’au dernier souffle du martyr !

                     V

Ô mortels trop heureux ! qui pourrait vous atteindre,
Vous qui domptez la mort en affrontant ses coups ?
Lorsqu’en vous admirant la foule ose vous plaindre
Je vous suis de mes pleurs jaloux.
Infortuné ! jamais, victime volontaire,
Je n’irai, pour. sauver la terre,
Braver un fléau dévorant,
Ni, calmant par mes soins ses douleurs meurtrières,
Mêler ma plainte amie et mes saintes prières
Aux soupirs impurs d’un mourant !

Hélas ! ne puis-je aussi m’immoler pour mes frères ?
N’est-il plus d’opprimés ? n’est-il plus de bourreaux ?
Sur quel noble échafaud, dans quels murs funéraires
Chercher le trépas des héros ?
Oui, que brisant mon corps, la torture sanglante,
Sur la croix, à ma soif brûlante
Offre le breuvage de fiel ;
Fier et content, Seigneur, je dirai vos louanges ;
Car l’ange du martyre est le plus beau des anges
Qui portent les âmes au ciel !