Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/320

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L’hôte du clair foyer durant les nuits d’hiver,
L’esprit que la lumière à la rosée enlève,
Diaphane habitant de l’invisible éther.

« Ce soir un couple heureux, d’une voix solennelle,
Parlait tout bas d’amour et de flamme éternelle.
J’entendais tout ; près d’eux je m’étais arrêté ;
Ils ont dans un baiser pris le bout de mon aile,
Et la nuit est venue avant ma liberté.

« Hélas ! il est trop tard pour rentrer dans ma rose !
Châtelaine, ouvre-moi, car ma demeure est close.
Recueille un fils du jour, égaré dans la nuit ;
Permets, jusqu’à demain, qu’en ton lit je repose ;
Je tiendrai peu de place et ferai peu de bruit.

« Mes frères ont suivi la lumière éclipsée,
Ou les larmes du soir dont l’herbe est arrosée ;
Les lys leur ont ouvert leurs calices de miel.
Où fuir ?… Je ne vois plus de gouttes de rosée,
Plus de fleurs dans les champs ! plus de rayons au ciel !

« Damoiselle, entends-moi ! de peur que la nuit sombre,
Comme en un grand filet, ne me prenne en son ombre,
Parmi les spectres blancs et les fantômes noirs,
Les démons, dont l’enfer même ignore le nombre,
Les hiboux du sépulcre et l’autour des manoirs !

« Voici l’heure où les morts dansent d’un pied débile.
La lune au pâle front les regarde, immobile ;
Et le hideux vampire, ô comble de frayeur !
Soulevant d’un bras fort une pierre inutile,
Traîne en sa tombe ouverte un tremblant fossoyeur.

« Bientôt, nains monstrueux, noirs de poudre et de cendre,
Dans leur gouffre sans fond les gnômes vont descendre.
Le follet fantastique erre sur les roseaux.