Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome I.djvu/691

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« Un flambeau du sépulcre à ton insu t’éclaire.
Comme un vase trop plein tu répands ta colère

Sur tout un peuple frémissant ;

Tu brilles sur leurs fronts comme une faulx dans l’herbe,
Et tu fais un ciment à ton palais superbe

De leur os broyés dans leur sang.


« Mais ton jour vient. Il faut, dans Janina qui tombe,
Que sous tes pas enfin croule et s’ouvre la tombe ;

Dieu te garde un carcan de fer

Sous l’arbre du segjin chargé d’âmes impies
Qui sur ses rameaux noirs frissonnent accroupies,

Dans la nuit du septième enfer !


« Ton âme fuira nue ; au livre de tes crimes
Un démon te lira les noms de tes victimes ;

Tu les verras autour de toi,

Ces spectres, teints du sang qui n’est plus dans leurs veines,
Se presser, plus nombreux que les paroles vaines

Que balbutiera ton effroi !


« Ceci t’arrivera, sans que ta forteresse
Ou ta flotte te puisse aider dans ta détresse

De sa rame ou de son canon ;

Quand même Ali-Pacha, comme le juif immonde,
Pour tromper l’ange noir qui l’attend hors du monde,

En mourant changerait de nom ! »


Ali sous sa pelisse avait un cimeterre,
Un tromblon tout chargé, s’ouvrant comme un cratère,

Trois longs pistolets, un poignard ;

Il écouta le prêtre et lui laissa tout dire,
Pencha son front rêveur, puis avec un sourire

Donna sa pelisse au vieillard.


8 novembre 1828.