Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/126

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Et Louis quinze est fait.
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Et Louis quinze est fait O transformations ! Oui, c’est fini ; l’enfant a bu la coupe sombre ; Sa débile raison s’évanouit et sombre ; — Tout ce peuple est à vous ! — mot d’où Tibère sort ! Breuvage qui rendrait insensé le plus fort ! Noir nectar ! cette mort de son âme, il y goûte ; Quelque chose de lui s’éteint sous chaque goutte ; Et le voilà qui va chanceler à jamais ! Il sera le passant ivre des hauts sommets. — Tout ce peuple est à vous ! — mot terrible ! à mesure Qu’il y songe, il en sent plus avant la morsure ; Une stupide joie avec un vaste ennui ; Quelqu’un qui n’est pas lui se développe en lui ; L’ignorance en son cœur filtre, marais immonde ; Que sert de lire un livre étant maître du monde ? Apprendre, étudier, travailler, à quoi bon Puisqu’on est roi de France, impeccable, Bourbon ? Oh ! songer que ce trône et ce sceptre et ce glaive Aboutissent au vide, à la furie, au rêve, Que cette clarté perd celui qu’elle conduit, Et que cette splendeur énorme est de la nuit ! Donc la terre est à lui, les hommes et les femmes ! Toutes les passions l’allument de leurs flammes ; Sa volonté devient plus fauve à tout moment ; Il grandit ; et l’on sent poindre lugubrement L’ongle du tigre au bout des ailes de l’archange ; Il ne sait même pas qu’il déchoit et qu’il change ;