Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/377

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Et cette fluxion n'est rien qu'un mal de plus.

L'homme dans son miroir se fait de grands saluts ;
Le miroir les lui rend, mais dans son âme obscure
Il rit, et sait le fond de l'homme, étant mercure ;
Pas d'orgueilleux qui n'ait honte secrètement ;
Pas de prude qui n'ait en rêve quelque amant ;
Ah ! si l'on s'en allait, pour voir plus que son buste,
Par quelque soupirail regarder dans un juste,
Comme il vous fermerait son volet brusquement !
Votre âme aime la nuit comme son élément ;
En public vous cherchez la louange et l'estime,
Mais vous n'hésitez pas dans votre for intime
À bâillonner et même à tuer le témoin,
Le scrupule caché qui tremble dans un coin ;
Votre probité plie et promptement expire ;
Le meilleur parmi vous est si proche du pire
Qu'entre eux, l'un étant saint et l'autre étant damné,
Ils n'ont pas l'épaisseur d'un cheveu de Phryné ;
Évêque, on veut sa dîme, et, bailli, ses épices ;
L'argent, le lit, la table, autant de précipices ;
Le vin est un écueil, la femme est un récif ;
La conscience, bas, à Salomon pensif
Disait plus de dix fois par jour : Vieille canaille !
L'expérience austère, ô Kant, est la trouvaille
Qu'on ramasse en sortant du vice; on se flétrit,
On se forme; chacun des sept péchés écrit
Une lettre du mot composite : Sagesse.

Votre philosophie admirable, au fond, qu'est-ce ?
Rébellion, alors qu'il faudrait méditer;
Ou résignation, quand il faudrait lutter.

Et sur tous les sommets, trône, pavois, quadrige,
Oh ! comme vous avez aisément le vertige !
Quoique dauphin ou roi, ce jeune homme est charmant.
Il est né généreux, secourable, clément ;