Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/379

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Ta science te fait tes jougs. À quoi te sert
Ce don libérateur et divin, la pensée ?

Spartacus t'apparaît dans un thème au lycée,
Mais tu n'en conclus rien; je l'ai dit, et c'est vrai,
Fouillez Mariana, Tacite, Mézeray,
L'homme est servile au point que l'histoire en est lasse;
Depuis quatre mille ans et plus qu'il est en classe,
Et qu'on lui montre à lire avec un air profond,
Et que ses magisters, rentrés, repus, se font
Servir des bouillons chauds le soir par leurs phlipotes,
Il ne s'est pas encor délivré des despotes.
Ses docteurs vont disant pendant qu'il se débat ;
Peuple ! aime ton césar. Âne ! adore ton bât.

Ces docteurs ! quels marchands ! leur morale sévère,
Cela va se fêler, prends garde, c'est du verre.
La rencontre d'un roi coudoyant leur destin
Fait à leur probité rendre un son argentin.
Ah ! ces savants sans fond, ces hommes de logique,
Roidissant en plis secs leur simarre énergique,
Ces forts calculateurs, ces raisonneurs abstraits
De quelque idéal trouble adorant les attraits,
Chastes, prudes, glacés, rigides, implacables,
Ayant la majesté des cuistres impeccables,
Bonzes de la basoche ou du pays latin,
Qui marchent rengorgés dans leur menton hautain,
Et chez qui l'attitude escarpée est de mode,
Sois un tyran quelconque, un Phocas, un Commode,
Un Christiern, le premier Domitien venu,
Sois le diable d'enfer, fourchu, barbu, cornu,
C'est à vendre; et tu peux acheter, si tu verses
Rondement un total suffisant de sesterces,
Piastres, louis, dollars, rixdallers, species,
La raison de Cuvier et l'âme de Sieyès !