Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/44

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L’INFAILLIBILITÉ



Ah ! je suis l’Infaillible !

                                         Ah ! c’est moi qui vois clair !

Et Dieu ?

                       Dieu ne sait pas ce que savait Kepler,
Ce que trouva Newton, ce qu’a vu Galilée ;
Il est dépaysé sous la voûte étoilée;
Il a tous les défauts possibles ; dur, cassant,
Jaloux, inexorable, irascible; il consent
A l’arrestation du soleil par un homme ;
Il damne l’univers pour le vol d’une pomme ;
Il foudroie au hasard, il châtie à côté;
Il tue en bloc ; il met le diable en liberté ;
Molière le ferait sermonner par Alceste ;
Il extermine un bouge, il épargne l’inceste,
Détruit Sodome, et donne à Loth un exeat ;
Il double d’un enfer son paradis béat ;
Il ne sait ce qu’il fait, tant il est susceptible,
Et tâche de brûler notre âme incombustible
Dans un monstrueux lac de bitume et de poix.
Ah ! vous avez voulu lui mettre un contre-poids !
Oui, vous avez voulu corriger, j’imagine,
Ce Dieu qui du chaos tire son origine,
Qui maudit, sans savoir pourquoi, le genre humain,
Et qui marche en tâtant du bâton le chemin;
Il a, certes, besoin d’un guide en sa nuit noire,
Et, grâce au compagnon qui l’aide, on aime à croire,