Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Poésie, tome IX.djvu/79

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


*
ENTRANT À JÉRUSALEM


Peuple, j’ai dit au Monde et j’ai dit à la Ville :
Plus de guerre étrangère et de guerre civile.
Plus d’échafaud. Devant le ciel bleu Liberté,
Égalité devant la mort, Fraternité
Devant le Père. Aimons. Force, aide la faiblesse.
Éclairez qui vous nuit ; guérissez qui vous blesse.
Paix et pardon. Soyez cléments aux criminels.
Le droit des bons c’est d’être au méchant fraternels ;
Le juste qui n’a pas d’amour sort du précepte ;
Et le soleil n’est plus le soleil s’il excepte
Les tigres et les loups de son rayonnement.
J’ai montré dans le ciel le grand désarmement,
L’équilibre, la loi, l’azur, l’astre, l’aurore.
J’ai dit : Pitié ! laissez le repentir éclore.
Juges, pensez ; bourreaux, reculez ; vis, Caïn.
A qui n’a plus hier ne prenez pas demain ;
Laissez à tous le temps de racheter les fautes.
Soyez d’humbles songeurs, soyez des âmes hautes.
Riches, c’est en donnant qu’on s’enrichit ; semez.
Pauvres, la pauvreté n’est point la haine ; aimez.
Toute bonne pensée est une délivrance.
Si noir que soit le deuil, conservez l’espérance ;
Car rien n’est plein, de nuit sans être plein de ciel.
La haine est un vent sombre et pestilentiel ;
Aimez, aimez, aimez, aimez, ― soyez des frères.
Et maintenant, ayant fait face aux téméraires,
Ayant lavé le fond du vase baptismal,
Ayant diminué sur la terre le mal,
Vieillard pensif qui n’ai d’autre force que d’être